Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Toujours nue, elle regagna sa chambre. Comme elle l’avait espéré, les fêtards de la chambre voisine s’étaient calmés. Ils avaient délaissé le rock and roll pour une musique sirupeuse. Elle s’assit au bord du lit et se passa les mains sur les seins, jouissant de leur douceur. Son souffle avait adopté le rythme lent de la musique qui traversait les murs ; de la musique pour danser aine contre aine, bouche contre bouche. Elle s’allongea sur le lit, sa main droite glissant le long de son corps. Elle sentit sur la couverture une couche de fumée de cigarette épaisse de plusieurs mois. Cela conférait presque à cette chambre le caractère d’un endroit public, où se déroulait chaque nuit un défilé incessant. L’idée de se trouver nue dans un tel endroit, ajoutée à l’odeur si propre de sa peau sur ce lit usé, était étrangement excitante.
Elle glissa son index et son majeur dans son con, levant légèrement les hanches pour venir à leur rencontre. C’était là un plaisir qu’elle ne s’offrait que rarement ; son éducation catholique avait érigé une barrière de culpabilité entre son instinct et le bout de ses doigts. Mais cette nuit, elle était une autre femme. Elle eut vite fait de trouver les endroits qui la faisaient soupirer, posant ses pieds au bord du lit et écartant largement ses jambes pour donner à ses deux mains l’espace de jouer.
Ce ne fut pas Boone qu’elle visualisa lorsque vinrent les premières vagues de frissons. Les morts faisaient de piètres amants. Mieux valait l’oublier. Son visage avait été beau, mais elle ne l’embrasserait plus jamais. Sa bite avait été belle, elle aussi, mais elle ne la caresserait plus jamais et ne la sentirait plus jamais en elle. Tout ce qui lui restait, c’était elle-même, et le plaisir pour l’amour du plaisir. Ce fut ce qu’elle visualisa : l’acte même qu’elle était en train d’accomplir. Un corps nu et propre étendu sur un lit usé. Une femme dans une chambre inconnue, en train de jouir de son propre moi si étrange.
Ce n’était plus le rythme de la musique qui lui dictait ses mouvements. Elle avait trouvé son propre rythme, qui montait et descendait, montait et descendait, montant plus haut à chaque fois. Il n’y avait aucun sommet à atteindre. Rien que de nouveaux plateaux successifs, jusqu’à ce qu’elle se sente inondée de sueur et gorgée de sensations. Elle demeura allongée durant plusieurs minutes. Puis, sentant le sommeil l’envahir et sachant qu’elle ne pourrait guère passer la nuit dans une telle position, elle jeta toutes les couvertures au loin, ne conservant qu’un drap, posa la tête sur l’oreiller et tomba dans l’espace qui régnait derrière ses yeux clos.