Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Ou laisse-moi mourir si tu ne peux pas m’emmener avec toi. Cela vaut mieux que de vivre sans toi.
Il la berça, laissant tomber des larmes sur son visage. Ses pupilles tournoyaient sous ses paupières. Sa langue s’agitait à ses lèvres. Dans quelques secondes, elle serait enfuie, il le savait. Une fois morte, il serait impuissant à la rappeler.
— Est-ce que… c’est… non ? dit-elle.
Elle ne le voyait déjà plus.
Il ouvrit la bouche en guise de réponse, levant le cou de Lori jusqu’à ses dents. Sa peau avait une odeur amère. Il mordit profondément dans le muscle, sentit la richesse du sang sur sa langue, et le baume monta dans sa gorge pour couler dans les veines de Lori. Mais son corps avait déjà cessé de frémir. Elle s’effondra entre ses bras.
Il leva la tête de son cou ravagé, avalant ce qu’il avait prélevé. Il avait attendu trop longtemps. Damnation ! Elle était son mentor et son confesseur, et il l’avait laissée lui échapper. La mort avait posé sa main sur elle avant qu’il ait eu le temps de transformer son aiguillon en promesse.
Bouleversé par ce dernier et lamentable échec, il la reposa sur le sol devant lui.
Lorsqu’il retira son bras de la forme inerte, elle ouvrit les yeux.
— Je ne te quitterai jamais, dit-elle.
XXV
Reste avec moi
1
Ce fut Pettine qui retrouva Ashbery, mais ce fut Eigerman qui reconnut dans cette ruine les vestiges de l’homme qu’il avait été. Le prêtre avait toujours en lui une étincelle de vie, ce qui — vu la gravité de ses blessures — tenait presque du miracle. Ses deux jambes furent amputées durant les jours qui suivirent, ainsi qu’un de ses bras, jusqu’au biceps. Il ne sortit pas du coma après ces opérations, et il ne mourut pas non plus, bien que tous les chirurgiens se fussent accordés pour dire que ses chances de survie étaient virtuellement nulles. Mais le feu même qui l’avait meurtri lui avait conféré une robustesse surnaturelle. Contre toute attente, il survécut.
Il ne resta pas seul lors de ses nuits et de ses jours d’inconscience. Eigerman était à ses côtés vingt heures sur vingt-quatre, attendant comme un chien au pied de la table attend qu’on lui jette quelques miettes, persuadé que le prêtre le conduirait au mal qui avait ruiné leurs deux existences.