Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Sheryl promit de faire son possible et laissa Lori se reposer, mais sa fatigue avait perdu de son acuité. Elle réussit seulement à somnoler, son repos précaire régulièrement interrompu par des cris d’hilarité avinés en provenance de la chambre voisine.
Elle se leva pour partir en quête d’un distributeur deboissons fraîches et revint avec un verre de liquide sans calories. Elle décida de se détendre dans un bon bain jusqu’à ce que la boisson ou la fatigue aient eu raison de ses voisins. Immergée jusqu’au cou dans de l’eau bouillante, elle sentit ses muscles se dénouer et, lorsqu’elle émergea, elle était bien plus détendue. La salle de bains était dépourvue de toute aération et ses deux miroirs s’étaient embués. Elle leur fut reconnaissante de leur discrétion. Le catalogue de ses imperfections était déjà assez lourd sans qu’elle eût besoin de l’augmenter par un nouvel examen de sa personne. Son cou était trop large, son visage trop étroit, ses yeux trop grands, son nez trop petit. En résumé, elle n’était qu’un ensemble d’excès, et toute tentative de sa part pour réduire ses défauts ne faisait que les exacerber. Ses cheveux, qu’elle laissait pousser fort longs afin de dissimuler son cou, étaient si luxuriants et si sombres que son visage paraissait malade au milieu de leur masse. Sa bouche, qui était la copie conforme de celle de sa mère, était naturellement d’un rouge indécent, mais tenter d’atténuer sa couleur à coups de rose pâle ne faisait que rendre ses yeux plus grands et plus vulnérables que jamais.
On ne pouvait pas dire que l’ensemble de ses traits n’était pas séduisant. Elle avait eu plus que sa part de soupirants à ses pieds. Non, l’ennui, c’était qu’elle ne ressemblait nullement à ce qu’elle se sentait être. Son visage était doux, et elle n’était pas douce ; elle ne voulait ni être douce ni être considérée comme douce. Peut-être que les sentiments puissants qui l’avaient touchée durant ces dernières heures— le sang qu’elle avait vu, les tombes qu’elle avait contemplées — finiraient par laisser leur marque sur elle. Elle l’espérait. Leur souvenir était encore présent en elle, et elle s’en sentait enrichie, en dépit de la douleur qu’ils lui avaient causée.