Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
La sueur de son corps se rafraîchit sous le drap léger. Durant son sommeil, elle se retrouva dans la nécropole de Midian, où le vent vint à sa rencontre le long des allées, de toutes les directions à la fois — nord, sud, est et ouest —, la glaçant en fouettant ses cheveux et s’insinuant dans son chemisier. Le vent n’était pas invisible. Il était doué de texture, comme s’il portait en lui un poids de poussière, dont les grains collaient ses paupières et scellaient ses narines, se frayant un chemin dans ses sous-vêtements et dans son corps en empruntant ces mêmes routes.
Ce fut seulement lorsque la poussière acheva de l’aveugler qu’elle comprit sa nature : les cendres des morts, des morts si anciens, apportées par des vents contraires des pyramides et des mausolées, des caveaux et des dolmens, des charniers et des crématoriums. Poussière de cercueil et cendres humaines et infimes fragments d’os, tous soufflés jusqu’à Midian pour l’attraper à la croisée des chemins.
Elle sentit les morts à l’intérieur d’elle-même. Derrière ses paupières ; dans sa gorge ; emportés jusque dans sa matrice. Et en dépit du froid glacial, et de la fureur des quatre tempêtes, elle ne ressentait aucune peur à leur égard, ni aucun désir de les chasser. Ce qu’ils cherchaient, c’étaient sa chaleur et sa féminité. Elle ne les rejetterait pas.
— Où est Boone ? demanda-t-elle, supposant que les morts le sauraient.
Il était des leurs, après tout.
Elle savait qu’il était tout près d’elle, mais le vent se faisait plus fort, la tirant dans toutes les directions, hurlant autour de sa tête.
— Boone ? répéta-t-elle. Je veux Boone. Amenez-le-moi.
Le vent l’entendit. Son hurlement devint plus fort.
Mais quelqu’un d’autre était tout près, l’empêchant d’entendre la réponse.
— Il est mort, Lori, dit la voix.
Elle essaya d’ignorer cette voix stupide et se concentra pour interpréter le souffle du vent. Mais elle avait perdu le fil de leur conversation et dut reprendre au début.
— C’est Boone que je veux, dit-elle. Amenez-le…
— Non !
Encore cette satanée voix.
Elle fit une troisième tentative, mais la violence du vent était devenue une autre violence ; on la secouait.
— Lori ! Réveille-toi !
Elle s’accrocha au sommeil ; à son rêve de vent. Peut-être lui dirait-il ce qu’elle avait besoin de savoir si elle résistait ne fût-ce qu’un instant aux assauts de la conscience.
— Boone ! cria-t-elle à nouveau, mais les vents s’éloignaient d’elle, emportant les morts avec eux.
Elle sentit un picotement dans ses veines et dans ses sens, signalant leur départ. La connaissance qu’ils avaient à lui transmettre s’envolait avec eux. Elle était impuissante à les retenir.
— Lori !