Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il y avait deux moyens d’accéder au cimetière. Une petite porte dans le mur latéral et un grand portail qui faisait face à la ville. Il choisit le premier. La porte était fermée, mais non verrouillée. Il la poussa doucement et pénétra à l’intérieur. L’impression qu’il avait eue depuis la colline, celle de découvrir une ville plutôt qu’un cimetière, fut confirmée, les mausolées se dressant autour de lui à hauteur de maison. Il fut intrigué par leur taille, et, à présent qu’il pouvait les étudier de près, par leurs décorations. Quelles grandes familles avaient donc occupé cette ville et ses environs, assez fortunées pour enterrer leurs morts dans une telle splendeur ? Les petites communautés de la prairie s’accrochaient à la terre, leur seule source de subsistance, mais elle ne les rendait que rarement riches ; et lorsque cela se produisait, grâce à l’or ou au pétrole, jamais en si grand nombre. Ici se trouvaient pourtant des tombes magnifiques, en multiples allées, édifiées dans toutes sortes de styles, du classique au baroque, et ornées — bien qu’il ne fut guère certain de la fiabilité de ses sens harassés — de symboles de toutes les religions.
Ceci le dépassait. Il avait besoin de sommeil. Ces tombes étaient debout depuis un siècle ou plus ; leur énigme serait encore là à l’aube.
Il se trouva un lit hors de la vue de tous, entre deux tombes, et y posa sa tête. L’herbe de printemps avait un doux parfum. Il avait déjà connu de pires oreillers, et en connaîtrait encore.
V
L’autre singe
Ce fut un bruit animal qui le réveilla, un grondement qui s’insinua dans ses rêves aériens et le fit redescendre sur terre. Il ouvrit les yeux et s’assit. Il ne voyait pas le chien, mais l’entendait toujours. Se trouvait-il derrière lui ? Les tombes toutes proches renvoyaient les échos de ses cris dans tous les sens. Il tourna tout doucement la tête pour regarder par-dessus son épaule. En dépit de son épaisseur, l’obscurité ne parvenait pas à dissimuler une large forme animale, d’une espèce non identifiable. Il était cependant impossible de se méprendre sur la menace qui émanait de sa gorge. A en juger par le timbre de ses grondements, ce fauve n’appréciait guère d’être examiné ainsi.
— Hé…, dit-il doucement, calme.