Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Jamais il ne serait en sécurité dans cet endroit ; Peloquin n’était sûrement pas le seul de ses occupants à avoir de l’appétit pour la chair humaine. Il sentit d’autres êtres l’observer tandis qu’il parcourait la nécropole d’un pas incertain, attendant qu’il chancelle et qu’il tombe pour s’emparer de lui en toute impunité.
Mais son organisme, pour traumatisé qu’il fût, ne le trahit pas. Il y avait dans ses muscles une vigueur qu’il n’avait pas ressentie depuis qu’il avait commis sur sa personne des actes de violence, une idée qui lui répugnait à présent comme jamais auparavant. Même la blessure qui pulsait sous samain avait sa vie propre et la célébrait. La douleur avait disparu, remplacée non pas par l’engourdissement, mais par une sensation presque érotique, à tel point que Boone était presque tenté de plonger la main dans sa poitrine et de caresser son cœur. Distrait par cette absurdité, il laissa son instinct guider ses pieds et il le conduisit au grand portail du cimetière. La serrure résista à ses mains sanguinolentes, aussi escalada-t-il les grilles, parvenant à leur sommet avec une aisance qui fit naître un rire dans sa gorge. Puis il se dirigea en hâte vers Midian, courant non pas parce qu’il redoutait d’être poursuivi, mais pour le plaisir que l’usage de ses jambes lui apportait et pour celui que la vitesse donnait à ses sens.
VI
Des pieds d’argile
La ville était déserte, comme il s’en était douté. Bien que les maisons lui aient semblé en bon état vues de quelques centaines de mètres, un examen plus détaillé lui révéla à quel point elles avaient souffert d’être restées inoccupées durant plusieurs saisons. Même s’il était toujours habité par un sentiment de bien-être, il redoutait que la perte de sang ne finisse éventuellement par avoir raison de lui. Il avait besoin de quelque chose pour panser ses plaies, même de façon grossière. Il ouvrit la porte d’une maison, en quête d’un morceau de rideau ou d’un linge abandonné, et plongea dans les ténèbres qui régnaient entre ses murs.
Avant de pénétrer à l’intérieur, il n’avait pas eu conscience de la façon dont ses sens s’étaient étrangement affinés. Son regard traversa aisément la pénombre, découvrant les pitoyables débris abandonnés par les anciens occupants du lieu, couverts d’une épaisse couche de poussière que les ans avaient vue s’insinuer à travers les fenêtres brisées et les portes mal fermées. Il trouva du tissu : un morceau de drap humide et taché qu’il déchira en bandes de ses dents et de sa main droite, pendant que la gauche restait pressée contre sa blessure.