Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Lorsqu’elle avait naguère rêvé de Midian, les morts n’étaient-ils pas venus vers elle depuis les quatre coins du monde, portés par un vent de poussière ? Et ne s’était-elle pas dressée au milieu de la tempête — caressée, érodée —, ne s’était-elle pas réjouie de savoir que les morts volaient sur les ailes du vent ? La compagne de ce rêve la visitait à présent : une horreur qui répondait à la splendeur passée. Un univers de mouches pour répondre à cet univers de poussière ; un univers d’incompréhension et d’aveuglement, peuplé de morts sans sépulture, sans vent pour les emporter au loin. Rien que des mouches pour festoyer de leur chair, pour y déposer des œufs et concevoir d’autres mouches.
Et lorsqu’elle compara les mouches à la poussière, elle sut où allaient ses préférences ; sut, alors même que toute conscience la quittait, que si Midian venait à mourir — si elle la laissait mourir —, si Pettine, Gibbs et leurs amis profanaient le refuge des Enfants de la Nuit, alors elle— qui serait un jour poussière et connaîtrait la condition de Midian— n’aurait plus d’abri en ce monde et appartiendrait corps et âme aux mouches.
Puis elle tomba sur le carreau.
XVIII
La colère des vertueux
1
Pour Eigerman, les idées géniales et l’excrétion étaient des processus inextricablement liés ; c’était lorsqu’il avait les pantalons autour des chevilles qu’il réfléchissait le mieux. Il lui était arrivé plus d’une fois, lorsqu’il avait bu un coup de trop, d’expliquer à qui voulait l’entendre qu’il suffirait pour arriver à une paix mondiale et trouver un remède contre le cancer que tous les sages de ce monde aillent chier un bon coup ensemble.
Lorsqu’il était sobre, l’idée d’accomplir en commun cet acte privé entre tous l’aurait consterné. Les cabinets étaient réservés aux entreprises solitaires, c’était là que les responsables grappillaient quelques minutes pour méditer sur leur fardeau.
Il étudia les graffitis qui ornaient la porte devant lui. Il n’y avait rien de neuf parmi ces obscénités, ce qui était rassurant. Rien que les vieilles démangeaisons qui exigeaient d’être soulagées. Cela lui donna le courage nécessaire pour affronter ses problèmes.