Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Tu penses qu’ils ne le savent pas déjà ? répondit Boone. Ils savent tout.
Il ne se souciait plus de Narcisse. C’était le corps gisant sur l’allée qui réclamait à présent toute son attention. Son désir de terroriser Decker lui avait complètement fait oublier Lori.
— Ils vont nous jeter à la porte tous les deux, fit Narcisse.
— Peut-être, dit Boone.
— Qu’est-ce qu’on va faire ?
— Pour l’instant, redescends, répondit Boone avec lassitude. Dis à M. Lylesburg que c’est moi qui t’ai entraîné là-dedans.
— Toi ? Puis, s’excitant à cette idée : Oui, je crois bien que c’est toi.
Portant toujours ses tripes, il s’éloigna en boitillant.
Boone s’agenouilla auprès de Lori. Son parfum lui donnait le vertige ; la douceur de sa peau sous ses paumes était presque étourdissante. Elle était encore en vie ; son pouls battait avec force en dépit des traumatismes qu’elle avait dû endurer aux mains de Decker. Lorsqu’il contempla son doux visage, l’idée qu’elle puisse s’éveiller et le découvrir sous la forme qu’il avait héritée de la morsure de Peloquin le plongea dans une détresse incommensurable. En présence de Decker, il avait été fier de se désigner comme un monstre : d’exhiber son moi d’Enfant de la Nuit. Mais à présent, contemplant la femme qu’il avait aimée, et qui l’avait aimé en retour pour sa fragilité et pour son humanité, il était envahi par la honte.
Il inhala, sa volonté transformant sa chair en fumée, que ses poumons aspirèrent à l’intérieur de son corps. C’était un processus dont la nature était aussi étrange que la facilité. Comme il avait eu vite fait de s’accoutumer à ce qu’il aurait naguère qualifié de miraculeux.
Mais il n’avait rien d’une merveille ; pas lorsqu’on le comparait à cette femme. Qu’elle ait eu assez de foi en lui pour partir à sa recherche avec la mort sur ses talons, c’était plus que n’aurait pu espérer tout homme normal ; et pour quelqu’un comme lui, c’était là le vrai miracle.
C’était l’humanité de Lori qui l’emplissait de fierté : pour ce qu’il avait été et pouvait encore prétendre être.
Ce fut donc sous sa forme humaine qu’il la souleva et la conduisit gentiment dans les profondeurs de la terre.
XIII
L’enfant prophétique
Lori entendait des voix enragées.
— Tu nous as trahis !
La première était celle de Lylesburg.
— Je n’avais pas le choix !
La seconde, celle de Boone.
— Midian est donc en danger à cause de tes sentiments ?
— Decker ne racontera rien à personne, répliqua Boone. Que pourrait-il dire ? Qu’il voulait tuer une fille et qu’un mort l’en a empêché ? Soyez donc raisonnable.