Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Les rites de passage de Midian intéressaient bien moins Boone que la certitude qu’avait cet homme de son existence. Il ne parlait pas de Midian comme d’un Shangri-la pour déments, mais comme d’un endroit susceptible d’être découvert, où on pouvait entrer et faire la paix avec les gens qui y vivent.
— Est-ce que vous savez comment aller là-bas ? demanda-t-il.
L’homme détourna les yeux. A ce geste, Boone sentit la panique monter en lui : la crainte que ce salaud ne garde pour lui-même la suite de l’histoire.
— Il faut que je le sache, dit Boone.
L’autre leva à nouveau les yeux.
— Je le vois bien.
Il y avait dans le ton de sa voix quelque chose qui suggérait que le spectacle de la détresse de Boone était fort distrayant.
— C’est quelque part au nord-ouest d’Athabasca, continua-t-il.
— Ah bon ?
— C’est ce que j’ai entendu raconter.
— C’est le désert là-bas, répondit Boone. A moins d’avoir une carte, on peut tourner en rond éternellement dans ce coin.
— Midian ne se trouve sur aucune carte, dit l’homme. Va voir à l’est de Peace River ; près de Shere Neck ; au nord de Dwyer.
Il n’y avait aucun accent de doute dans cette suite d’indications. Il croyait autant en l’existence de Midian qu’en celle des quatre murs qui l’entouraient, et peut-être plus.
— Comment vous appelez-vous ? demanda Boone.
Cette question sembla le prendre de court. Cela faisait bien longtemps que personne ne s’était soucié de lui demander son nom.
— Narcisse, dit-il finalement. Et toi ?
— Aaron Boone. Personne ne m’appelle jamais Aaron. Seulement Boone.
— Aaron, dit l’autre. Qui t’a parlé de Midian ?
— Ceux qui vous en ont parlé, dit Boone. Ceux qui en parlent à tout le monde. Les autres. Ceux qui souffrent.
— Les monstres, dit Narcisse.
Boone ne les avait pas considérés comme tels, mais peut-être en étaient-ils pour des yeux objectifs ; ceux qui déliraient et ceux qui sanglotaient, ceux qui étaient incapables de garder leurs cauchemars sous clé.
— Eux seuls sont les bienvenus à Midian, expliqua Narcisse. Si on n’est pas un fauve, on est une victime. C’est bien vrai, n’est-ce pas ? On ne peut être que l’un ou l’autre. C’est pour ça que je n’ose pas aller là-bas sans escorte. J’attends que des amis puissent m’accompagner.
— Des gens qui sont déjà allés là-bas ?
— C’est exact, dit Narcisse. Certains d’entre eux sont vivants. D’autres sont morts, et ils sont allés là-bas après.
Boone n’était pas sûr de bien percevoir le déroulement de cette histoire.
— Ils y sont allés après ?
— Tu n’as vraiment rien contre la douleur, mec ? interrogea Narcisse, dont le ton se faisait à présent cajoleur.