Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
—Tu es Cabale, dit-elle.
La douleur s’atténuait. Boone ouvrit la bouche pour respirer et le feu coula dans sa gorge jusque dans son ventre et dans ses poumons, puis à travers son organisme tout entier. Il portait son nouveau nom en lui, le baptisant du dedans et du dehors.
Il n’était plus Boone. Il était Cabale. Une alliance de plusieurs.
Grâce à cette purification, il serait doué de chaleur, de sang et de fécondité : telle était la nature du don de Baphomet, et la déité le lui dispensa. Mais il serait également fragile, plus fragile qu’auparavant. Pas seulement parce qu’il saignerait, mais aussi parce qu’il serait porteur d’un but.
—Je dois me cacher cette nuit, dit Baphomet. Nous avons tous des ennemis, mais les miens ont plus de longévité et de cruauté que la plupart des autres. Je dois partir loin d’ici et me dissimuler à leur regard.
La présence des Enfants de la Nuit prenait tout son sens à présent. Ils étaient restés en arrière-garde pour emporter une fraction du Baptiseur avec eux et la soustraire aux forces qui allaient se lancer à sa poursuite.
—Ceci est ton œuvre, Cabale, dit Baphomet. Je ne t’accuse pas. Ceci devait arriver. Aucun refuge n’est éternel. Mais je te charge de…
— Oui ? dit-il. Parlez.
— De reconstruire ce que tu as détruit.
— Une nouvelle Midian ?
—Non.
— Quoi donc, alors ?
— Tu dois découvrir pour nous le monde des humains.
— Aidez-moi, dit-il.
—Je ne peux pas. Désormais, c’est toi qui devras m’aider. Tu as déjà fait le monde. A présent, tu dois le refaire.
Des frissons parcoururent la flamme. Les Rites du Baptême étaient presque achevés.
— Comment dois-je commencer cette tâche ? dit Cabale.
—Guéris-moi, répondit Baphomet. Trouve-moi et guéris-moi. Sauve-moi de mes ennemis.
La voix qui s’adressait à lui avait complètement changé de ton. Toute trace d’exigence en avait disparu. Il ne restait plus que cette prière de guérison et de protection, murmurée doucement à son oreille. Même la laisse qui maintenait sa tête était tombée, le laissant libre de regarder à droite et à gauche. Un appel qu’il n’avait pas entendu avait fait quitter le mur aux disciples de Baphomet. En dépit du bandage qui scellait leurs yeux, ils marchèrent d’un pas assuré jusqu’au bord de la flamme, laquelle avait perdu en férocité. Leurs bras étaient levés, porteurs de linceuls drapés, et la muraille de feu s’effrita lorsque les fragments de Baphomet tombèrent dans les bras accueillants des voyageurs, qui les enveloppèrent aussitôt pour les protéger des regards.
Cette séparation de membres épars était un vrai supplice. Cabale éprouva une douleur qui devenait la sienne, et qui l’emplissait jusqu’à devenir presque insoutenable. Pour y échapper, il s’éloigna de la flamme à reculons.