Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
La portière s’ouvrit. Elle continua de courir. La voiture garda son allure de suiveuse, sa portière raclant le béton.
Puis, de l’intérieur, cette invitation :
— Montez.
Le salaud, il était si calme.
—Montez, voulez-vous, avant qu’on soit arrêtés.
Ce n’était pas Decker. Ce ne fut pas lentement qu’elle appréhenda ce fait, mais dans une soudaine illumination : n’était pas Decker qui lui parlait depuis la voiture. Elle cessa de courir, frissonnant de tout son corps tandis qu’elle s’efforçait de reprendre son souffle.
La voiture stoppa également.
— Montez, répéta le conducteur.
— Qui… ? essaya-t-elle de dire, mais ses poumons étaient trop jaloux de son souffle pour la laisser prononcer quelques mots.
On lui répondit néanmoins.
— Un ami de Boone.
Elle hésitait cependant à s’approcher de la portière.
— C’est Babette qui m’a dit comment vous retrouver, continua l’homme.
— Babette ?
— Est-ce que vous allez monter ? On a du boulot.
Elle fit un pas vers la portière. A ce moment-là, l’homme lui ordonna :
— Ne hurlez pas.
Elle n’avait pas assez de souffle pour émettre un seul bruit, mais elle en eut envie lorsque ses yeux se posèrent sur le visage tapi dans la pénombre à l’intérieur du véhicule. C’était une des créatures de Midian, cela ne faisait aucun doute, mais elle n’était nullement apparentée aux êtres fabuleux qu’elle avait aperçus dans les tunnels. L’aspect de cet homme était horrible, son visage cru et rouge comme une tranche de foie attendant d’être cuite. En de tout autres circonstances, elle se serait méfiée de cet homme, sachant ce qu’elle savait sur les masques et les faux-semblants. Mais cette créature ne pouvait rien dissimuler : sa blessure était d’une honnêteté vicieuse.
— Je m’appelle Narcisse, dit-il. Voulez-vous fermer la portière, s’il vous plaît ? Ça empêche la lumière d’entrer. La lumière et les mouches.
2
Il lui fallut deux pâtés de maisons et demi pour raconter son histoire, ou du moins l’essentiel de celle-ci. Comment il avait rencontré Boone à l’hôpital ; comment il était parti pour Midian, et comment il y avait à nouveau rencontré Boone ; comment ils avaient ensemble violé la loi de Midian en montant à la surface. Il avait gardé un souvenir de cette aventure, lui dit-il ; une blessure au ventre comme jamais une dame ne devrait en voir.
— Ils vous ont donc exilé, comme Boone ? dit-elle.
— Ils ont essayé, répondit-il. Mais je me suis accroché, dans l’espoir d’obtenir le pardon. Et quand les flics se sont pointés, j’ai pensé : « Eh bien, c’est nous qui les avons amenés ici. Il faut que j’essaie de retrouver Boone. Pour essayer d’arrêter ce qu’on a mis en marche. »
— Le soleil ne va pas vous tuer ?