Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Un bruit de mouches lui emplissait le crâne. Leur bourdonnement n’était pas un écho en provenance de Midian mais un bruit bien réel. Elles décrivaient des cercles dans la pièce devant Lori. Celle-ci ne savait que trop bien quelle odeur les avait attirées ici, affamées et lourdes d’œufs ; et elle savait avec une égale certitude qu’après ce qu’elle avait vu à Midian, elle ne pourrait pas supporter de faire un pas de plus vers le cadavre qui gisait sur le sol. Il y avait bien trop de mort dans son univers, à l’intérieur et à l’extérieur de sa tête. Si elle ne lui échappait pas, elle en deviendrait folle. Il fallait qu’elle regagne l’air libre, là où elle pourrait respirer à l’aise. Peut-être trouver une vendeuse banale à qui elle parlerait du temps qu’il faisait et du prix des tampons hygiéniques ; n’importe quoi pourvu que ce soit prosaïque et prévisible.
Mais les mouches voulaient bourdonner dans ses oreilles. Elle essaya de les chasser. En vain. Elles continuaient de foncer sur elle, leurs ailes alourdies par la mort, leurs pattes rougies par le sang.
— Laissez-moi tranquille, dit-elle dans un sanglot.
Son énervement les fit accourir de plus belle, en nombre sans cesse croissant, quittant leur festin que le fourneau lui dissimulait dès qu’elles entendaient le son de sa voix. Son esprit lutta pour maîtriser la réalité dans laquelle elle venait d’être projetée, son corps lutta pour faire demi-tour et fuir cette cuisine.
Corps et esprit connurent le même échec. Le nuage de mouches se précipita vers elle, et les insectes étaient à présent si abondants qu’ils façonnaient leurs propres ténèbres. Elle pensa vaguement qu’une telle prolifération était impossible et que c’était son esprit en pleine confusion qui créait cette terreur. Mais cette idée était trop fragile pour tenir la folie à l’écart ; sa raison se tendit vers elle, l’atteignit, mais le nuage de mouches était à présent sur elle. Elle sentit leurs pattes sur ses bras et sur son visage, laissant sur sa peau des traces de ce qu’elles avaient foulé : le sang de Sheryl, la bile de Sheryl, la sueur et les larmes de Sheryl. Elles étaient en si grand nombre qu’elle n’avait pas assez de chair pour les accueillir toutes, aussi commencèrent-elles à s’insinuer entre ses lèvres, à ramper dans ses narines et sur ses yeux.