Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il ne savait pas ce que Lori comprenait de sa situation, mais il la soupçonnait d’en ignorer en grande partie la nature. Quoi qu’elle ait deviné, elle semblait heureuse de l’accepter tel qu’il était, et lui-même avait un tel besoin animal de sa présence qu’il refusait de courir le risque de lui dire la vérité, si tant est qu’il eût pu trouver les mots qu’il fallait pour cela. Il était ce qu’il était, ni plus ni moins. Homme. Monstre. Mort. Vivant. A Midian, il avait vu tous ces états résumés en une seule créature : et telle était aussi sans doute sa condition. Les seules personnes qui auraient pu l’aider à comprendre comment de telles contradictions pouvaient coexister étaient derrière lui, dans la nécropole. Elles avaient à peine commencé à lui raconter la longue histoire de Midian lorsqu’il les avait défiées. A présent, il était à jamais exilé loin de leur présence et ne saurait jamais rien.
Il existait un paradoxe. Lylesburg l’avait clairement averti lorsqu’ils avaient écouté les appels au secours de Lori depuis les tunnels ; il lui avait dit sans équivoque que, s’il violait le secret de leur refuge, il violerait l’accord qu’il avait passé avec les Enfants.
« Rappelle-toi ce que tu es à présent, avait-il dit. Tu ne peux pas la sauver sans trahir le secret de notre refuge. Tu dois donc la laisser mourir. »
Et pourtant, cela lui avait été impossible. Bien que Lori appartînt à une autre vie, une vie qu’il avait à jamais perdue, il n’avait pas pu la laisser aux mains de ce démon. Quant aux conséquences de sa décision, si tant est qu’il y en eût, il lui était impossible de les percevoir pour l’instant. Excepté ces quelques pensées qui tournaient en rond dans sa tête, il était scellé dans l’instant présent, et dans le prochain, et dans le suivant ; avançant seconde après seconde dans sa vie comme la voiture avançait sur la route, ignorant son point de départ tout autant que sa destination.
2
Ils étaient presque en vue de la Sweetgrass Inn lorsque Lori se rendit compte que, si l’on avait découvert le corps de Sheryl à l’Hudson Bay Sunset, il y avait de grandes chances pour que l’hôtel grouille déjà de policiers.
Elle arrêta la voiture.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Boone.
— Peut-être vaudrait-il mieux que j’y aille toute seule, répondit-elle. S’il n’y a pas de danger, je récupère mes affaires et je te rejoins.
— Non. Ça ne va pas.
Elle ne voyait pas ses yeux derrière les verres fumés, mais la peur se lisait dans sa voix.
— J’aurai vite fait, dit-elle.
— Non.
— Pourquoi ?
— Il vaut mieux que nous restions ensemble, répondit-il.