Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Elle pencha légèrement la tête. Elle se trouvait dans une crypte. Des cercueils fermés l’entouraient de toutes parts, entassés le long des murs. A sa gauche, une profusion de cierges, à la cire crasseuse, à la flamme aussi faible qu’elle. A sa droite, Babette, assise en tailleur sur le sol et l’observant intensément. L’enfant était complètement vêtue de noir, ses yeux accrochaient la lueur des cierges, calmant leur vacillement. Elle n’était pas jolie. Son visage était trop solennel. Même le sourire qu’elle adressa à Lori en la voyant s’éveiller ne pouvait atténuer la tristesse de ses traits. Lori fit de son mieux pour lui retourner ce regard accueillant, mais elle n’était pas sûre de l’obéissance de ses muscles.
Il nous a fait très mal, dit Babette.
Lori supposa qu’elle voulait parler de Boone. Mais les paroles de l’enfant vinrent infirmer cette supposition.
— Rachel l’a nettoyée. Maintenant, ça ne fait plus mal.
Elle leva sa main droite. Elle était bandée de noir autour du pouce et de l’index.
— Et à vous non plus.
Rassemblant ses esprits, Lori leva sa propre main droite qui reposait contre son flanc. Elle était semblablement bandée.
— Où… est Rachel ? demanda Lori, sa voix à peine audible à ses propres oreilles.
Babette entendit cependant sa question.
— Quelque part pas loin, dit-elle.
— Tu peux aller la chercher ?
Le front perpétuellement plissé de Babette se plissa davantage.
— Est-ce que vous êtes ici pour toujours ? demanda-t-elle.
— Non, lui répondit-on.
Ce n’était pas Lori qui avait parlé, mais Rachel, qui venait d’apparaître sur le seuil.
— Non. Elle va repartir très bientôt.
— Pourquoi ? dit Babette.
— J’ai entendu Lylesburg, murmura Lori.
—Monsieur Lylesburg, dit Rachel en se dirigeant vers l’endroit où gisait Lori. Boone a trahi sa parole en montant à la surface pour aller vous chercher. Il nous a tous mis en danger.
Lori ne comprenait qu’une partie de l’histoire de Midian, mais assez pour savoir que la maxime qu’elle avait entendue des lèvres de Lylesburg—« ce qui est en dessous restera en dessous »— n’était pas seulement un banal slogan. C’était une loi que les habitants de Midian avaient juré de respecter sous peine de perdre leur place en ce lieu.
— Pouvez-vous m’aider ? demanda-t-elle.
Elle se sentait vulnérable, gisant ainsi sur le sol.
Ce ne fut cependant pas Rachel qui vint à son aide, mais Babette, qui posa sa petite main bandée sur l’estomac de Lori. Son organisme réagit aussitôt à ce contact, toute trace d’engourdissement quittant instantanément son corps. Elle se rappela avoir éprouvé la même sensation, ou une sensation similaire, lors de sa précédente rencontre avec la petite fille : cette impression de transfert d’énergie qui l’avait parcourue lorsque l’animal s’était dissous dans ses bras.