Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Qu’il lui vole sa démarche, c’était déjà assez insultant, mais que ses propres paroles émergent de cette gorge contre nature, voilà qui en était trop pour le Masque. Il hurla derrière son tissu et braqua son arme sur la bouche de Boone. Mais avant qu’il ait pu faire exploser cette langue mal élevée, les mains gonflées de Boone s’étaient emparées du revolver. Alors même que son arme lui était arrachée, le Masque appuya sur la détente, tirant à même la main de son adversaire. La balle emporta l’auriculaire. L’expression du visage de Boone s’assombrit de contrariété. Il arracha l’arme des mains du Masque et la jeta au loin. Puis il attira son bourreau contre lui.
Confrontés à une extinction imminente, le Masque et celui qui le portait se séparèrent. Ce vieux Tête-de-Boutons ne croyait pas à sa mort. Decker si. Ses dents grincèrent contre la cage qui emprisonnait sa bouche lorsqu’il se mit à supplier.
— Boone… vous ne savez pas ce que vous faites.
Il sentit le masque lui enserrer la tête, furieux de cette lâcheté, mais il continua de parler, essayant de retrouver le ton lénifiant avec lequel il se rappelait avoir naguère calmé cet homme.
— Vous êtes malade, Boone.
Il entendit le Masque lui dire : « Ne le supplie pas ainsi : ne te laisse pas aller à le supplier ainsi. »
— Et tu peux me guérir, n’est-ce pas ? dit le monstre.
— Oh oui, répondit Decker. Certainement. Laissez-moi seulement un peu de temps.
La main meurtrie de Boone caressa le masque.
— Pourquoi te caches-tu derrière ce truc ? demanda-t-il.
— C’est lui qui me force à me cacher. Je ne veux pas, mais il me force.
La rage du Masque ne connaissait pas de bornes. Il hurla à l’intérieur de la tête de Decker en l’entendant trahir son maître. S’il survivait à cette nuit, le Masque exigerait de lui les plus dégradantes compensations pour ces mensonges. Il s’en acquitterait avec joie, dès demain. Mais il lui faudrait toute sa ruse pour se jouer de cette bête s’il voulait vivre assez longtemps.
— Vous devez ressentir la même chose que moi, dit-il. Derrière cette peau que vous êtes obligé de porter.
— La même chose ? dit Boone.
— Vous êtes pris au piège. Obligé de faire couler le sang. Vous ne voulez pas faire couler le sang, pas plus que moi.
— Vous ne comprenez pas, dit Boone. Je ne suis pas derrière ce visage. Je suis ce visage.
Decker secoua la tête.
— Je ne le pense pas. Je pense que, quelque part au fond de vous, vous êtes encore Boone.
— Boone est mort. Boone a été abattu sous vos yeux. Vous vous rappelez ? Vous lui avez mis vous-même quelques balles dans le corps.
— Mais vous vous en êtes tiré.
— Pas en vie.