Chapters (30)
- Loco
- I La vérité
- II Enquête
- III Le rhapsode
- IV Nécropole
- V L’autre singe
- VI Des pieds d’argile
- La mort est une garce
- VII Routes difficiles
- VIII L’endroit de sa chute
- IX Contact
- X Soleil et ombre
- Ages sombres
- XI Le terrain de chasse
- XII En dessus et en dessous
- XIII L’enfant prophétique
- XIV Le Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XV Le prix à payer
- XVI Maintenant ou jamais
- XVII Délire
- XVIII La colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIX Un visage sans amis
- XX Pulsions
- XXI Ce désir-là
- XXII Le triomphe du Masque
- XXIII La traque
- XXIV Cabale
- XXV Reste avec moi
Elle avait ignoré l’étendue de sa propre force jusqu’au moment où, pleine du désir frénétique de fuir cette présence, elle remit Boone sur pieds et le traîna vers le corridor. Il ne put guère lui venir en aide. Le temps qu’il avait passé en présence du Baptiseur n’avait laissé que quelques vestiges de puissance dans ses muscles. Lori eut l’impression qu’une éternité s’écoula avant qu’ils aient regagné le sommet de la pente, la lumière glacée de la flamme projetant devant eux leurs ombres prophétiques.
Le corridor d’accès était désert. Elle s’était à moitié attendue à y découvrir Lylesburg, attendant leur retour avec des renforts, mais le silence qui régnait dans la chambre souterraine s’était étendu à l’ensemble des tunnels. Une fois qu’elle eut traîné Boone à quelques mètres du sommet de la pente, elle fit halte, ses poumons enflammés par l’effort. Boone émergeait de la transe de détresse ou de terreur dans laquelle elle l’avait trouvé.
— Tu sais comment on fait pour sortir d’ici ? Lui demanda-t-elle.
— Je crois, dit-il.
— Il va falloir que tu me donnes un coup de main. Je ne pourrai pas te soutenir très longtemps.
Il hocha la tête, puis se tourna vers l’entrée du gouffre de Baphomet.
— Qu’est-ce que tu as vu ? demanda-t-il.
— Rien.
— Bien.
Il se couvrit le visage de ses mains. Un de ses doigts avait disparu, vit-elle, et cette blessure était récente. Il lui semblait cependant insensible, aussi ne lui posa-t-elle aucune question, préférant l’encourager à bouger. Il se montra hésitant, presque maussade après ce déchaînement d’émotion, mais elle persista jusqu'à ce qu’ils aient atteint un escalier assez raide qui leur fit traverser un mausolée et émerger dans la nuit.
L’air avait une odeur d’espace qui contrastait vivement avec la senteur confinée des tunnels, mais plutôt que de s’attarder pour en jouir, elle insista pour qu’ils sortent du cimetière, et ils s’engagèrent dans le labyrinthe de tombeaux qui conduisait au portail. Une fois ce but atteint, Boone s’immobilisa.
— La voiture est tout près, dit-elle.
Il frissonnait en dépit de la tiédeur de la nuit.
— Je ne peux pas…
— Tu ne peux pas quoi ?
— Ma place est ici.
— Non. Ta place est avec moi. Notre place est ensemble. Elle se serra contre lui, mais son regard était tourné vers les ombres. Elle saisit son visage à deux mains et força ses yeux à la regarder.
— Notre place est ensemble, Boone. C’est pour ça que tu es vivant. Tu ne comprends pas ? Après tout ceci. Après tout ce que nous avons enduré ensemble. Nous avons survécu.
— Ce n’est pas aussi facile.
— Je le sais. Nous avons connu tous les deux des moments terribles. Je comprends que les choses ne puissent pas être comme avant. Et je ne le veux pas.
— Tu ne peux pas savoir…, commença-t-il.
— Alors, tu me raconteras. Le moment venu. Il faut que tu oublies Midian, Boone. Midian t’a déjà oublié.