Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Vaincue, elle fit un pas en arrière. Les ombres semblaient cependant peu disposées à renoncer à elle. Elle les sentit s’insinuer dans son chemisier et s’accrocher à ses paupières, un millier de minuscules crochets plantés en elle, ralentissant sa retraite.
— Je ne dirai rien à personne, dit-elle. Je vous en prie, laissez-moi partir.
Mais les ombres tinrent bon, et leur pouvoir était une promesse de vengeance lancée à tout défi de sa part.
— Je vous le promets, dit-elle. Que puis-je faire de plus ? Et soudain, elles capitulèrent. Elle ne s’était pas rendu compte de la puissance de leur étreinte avant que celle-ci ne se relâche. Elle recula en trébuchant, remontant les marches pour regagner la lumière de l’antichambre. Tournant le dos à la crypte, elle se précipita vers le soleil qui régnait au-dehors.
Il était trop brillant. Elle se protégea les yeux, se redressant en agrippant le portique de pierre afin de pouvoir s’accoutumer à la violence du jour. Il lui fallut plusieurs minutes pour y parvenir, adossée au mausolée, frissonnante et rigide tour à tour. Ce fut seulement lorsqu’elle fut capable de voir à travers ses paupières mi-closes qu’elle tenta de rebrousser chemin vers le portail, dans un labyrinthe de culs-de-sac.
Lorsqu’elle atteignit enfin son but, elle s’était plus ou moins accoutumée à la brutalité de la lumière. Son corps n’était cependant pas encore entièrement à la disposition de son esprit. Ses jambes refusèrent de la porter plus de quelques pas sur le flanc de la colline qui menait à Midian, menaçant de la laisser choir sur le sol. Son organisme saturé d’adrénaline était pris de folie. Mais au moins était-elle vivante. Sa vie n’avait tenu qu’à un fil lorsqu’elle s’était trouvée sur les marches. Les ombres qui avaient jeté leurs rets sur elle auraient pu s’emparer d’elle, cela ne faisait aucun doute. Auraient pu la revendiquer au nom de l’Outre-Monde et la supprimer. Pourquoi l’avaient-elles relâchée ? Peut-être parce qu’elle avait sauvé l’enfant ; peut-être parce qu’elle avait juré de garder le silence et parce qu’elles l’avaient crue. Aucun de ces mobiles ne semblait cependant propre à des monstres ; et elle devait bien croire que ceux qui vivaient sous le cimetière de Midian méritaient d’être appelés ainsi. Qui, sinon les monstres, se nichait parmi les morts ? Ils pouvaient bien s’appeler les Enfants de la Nuit, mais ni leurs paroles ni leurs gestes de bonne foi ne pouvaient dissimuler leur véritable nature.
Elle avait échappé à des démons — à des choses de Pourriture et de perversité — et elle aurait offert une prière d’actions de grâces pour sa délivrance si le ciel n’avait pas été aussi large et aussi brillant, et aussi clairement vide de toute divinité susceptible de l’entendre.
TROISIÈME PARTIE