Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il entendit Decker pousser un soupir, mais rien d’autre ne vint, aussi osa-t-il jeter un œil vers son accusateur. Tandis qu’il observait les photographies étalées devant lui, il avait senti le regard de l’autre le scruter, faisant naître un frisson douloureux dans son cuir chevelu. Mais ce regard à présent l’évitait.
— Je vous en prie, dites-le-moi. Est-ce que c’est moi qui ai fait ça ?
Decker s’essuya les yeux. Il avait cessé de trembler.
— J’espère que non, dit-il.
Cette réponse paraissait faible au point d’en être grotesque. Ce n’était pas d’une infraction bénigne qu’ils étaient en train de débattre. C’était de la mort onze fois donnée ; et d’autres fois encore, peut-être ; loin des yeux, loin du cœur ?
— Dites-moi ce que je vous ai raconté, dit Boone. Dites-moi précisément…
— C’étaient surtout des divagations.
— Alors, qu’est-ce qui vous fait croire que c’est moi le responsable ? Vous devez avoir de bonnes raisons.
— Il m’a fallu du temps pour rassembler toutes les pièces du puzzle, dit Decker.
Il regarda le charnier étalé sur la table, alignant du majeur une photo mal placée.
— Je suis obligé de faire un rapport sur votre état une fois par trimestre. Vous le savez. J’ai donc repassé toutes les bandes enregistrées lors de nos séances, en séquence, afin de me faire une idée de vos progrès… (Il parlait avec lenteur ; avec lassitude.)… et j’ai remarqué que les mêmes phrases revenaient régulièrement dans vos propos. Enfouies la plupart du temps au milieu d’autres sujets, mais elles étaient là. On aurait dit que vous cherchiez à confesser quelque chose ; mais quelque chose de si atroce à vos yeux que, même en état de transe, il vous était impossible de parvenir à le formuler. Cela apparaissait donc sous la forme d’un… code.
Boone savait tout des codes. Il les avait souvent entendus durant ses périodes difficiles. Des messages en provenance d’un ennemi imaginaire, entre les longueurs d’onde de deux stations de radio ; ou dans le murmure de la circulation avant l’aube. Il n’était guère surprenant que lui-même ait appris à maîtriser cet art.
— J’ai posé quelques questions en l’air à certains officiers de police que j’avais soignés, reprit Decker. Rien de spécifique. Et ils m’ont parlé des meurtres. J’avais eu connaissance de certains détails par la presse, bien sûr. Cela fait apparemment deux ans et demi que ça a commencé. La plupart du temps ici, à Calgary ; le reste du temps, à moins d’une heure de route. L’œuvre d’un seul homme.
— Moi.
— Je n’en sais rien, dit Decker, levant finalement les yeux pour regarder Boone. Si j’en avais été sûr, je l’aurais signalé…
— Mais vous n’êtes sûr de rien.