Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Je ne veux pas y croire, pas plus que vous. S’il s’avère que c’est vrai, ça ne me couvrira pas de gloire. (Il y avait en lui une colère mal dissimulée.) C’est pour ça que j’ai attendu. J’espérais que vous seriez avec moi quand surviendrait le suivant.
— Vous voulez dire que certains de ces gens sont morts alors que vous saviez déjà ?
— Oui, dit Decker d’une voix atone.
— Seigneur !
A cette idée, Boone quitta sa chaise d’un bond, et sa jambe heurta la table. Les images de meurtre s’envolèrent.
— N’élevez pas la voix, demanda Decker.
— Des gens sont morts, et vous avez attendu ?
— C’est pour vous que j’ai pris ce risque, Boone. Ayez un peu de respect pour ça.
Boone se détourna de lui. Une sueur glacée courait le long de son échine.
— Asseyez-vous, dit Decker. S’il vous plaît, asseyez-vous et dites-moi ce que ces photos signifient pour vous.
Boone avait involontairement porté une main à son visage. Grâce à Decker, il savait ce que signifiait cet élément du langage corporel. Son esprit utilisait son corps pour refouler une révélation ; ou pour l’occulter complètement.
— Boone, il me faut des réponses.
— Elles ne signifient rien, dit Boone sans se retourner.
— Rien du tout ?
— Rien du tout.
— Regardez-les encore.
— Non, dit Boone avec insistance. Je ne peux pas.
Il entendit le docteur inspirer, et s’attendit à moitié à recevoir l’ordre d’affronter de nouveau ces horreurs. Mais la voix de Decker se révéla conciliante.
— Ce n’est rien, Aaron, dit-il. Ce n’est rien. Je vais les ranger.
Boone pressa les paumes de ses mains contre ses yeux clos. Ses orbites étaient brûlantes, et humides.
— Elles sont parties, Aaron, dit Decker.
— Non, elles sont encore là.
Elles étaient encore avec lui, leur souvenir était précis. Onze pièces et onze corps, gravés sur son œil intérieur, au-delà de tout exorcisme. Le mur que Decker avait mis cinq ans à bâtir avait été abattu en cinq minutes, et par son architecte lui-même. Boone était de nouveau à la merci de sa démence. Il l’entendait gémir dans sa tête, montant de onze gorges tranchées, de onze ventres percés. Souffles et gaz digestifs chantant cette vieille chanson folle.
Pourquoi ses défenses s’étaient-elles effritées aussi facilement, après tant de labeur ? Ses yeux connaissaient la réponse, et les larmes qu’ils versaient avouaient ce que sa langue était impuissante à avouer. Il était coupable. Sinon, pourquoi ? Ces mains qu’il essuyait à présent sur son pantalon avaient torturé et massacré. En prétendant le contraire, il ne ferait que les inciter à commettre de nouveaux crimes. Mieux valait se confesser, bien qu’il ne se souvînt de rien, plutôt que de les laisser libres d’agir à leur guise.