Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
La transformation avait été réelle. A présent, il y avait devant elle une enfant bien vivante, pleurant dans les bras de sa mère. Elle aussi était vivante. Chaque instant gâché à dire non à ce qu’elle savait être vrai était un instant perdu pour la compréhension. Que sa conception du monde ne puisse intégrer un tel mystère sans être réduite en pièces, c’était son problème, et elle le résoudrait un autre jour. Pour l’instant, elle souhaitait seulement s’en aller ; courir en plein soleil, là où elle savait que ces métamorphes redouteraient de la suivre. N’osant pas les quitter des yeux avant d’avoir regagné le soleil, elle tendit une main vers le mur pour guider sa retraite. Mais la mère de Babette souhaitait jouir de sa compagnie encore quelque temps.
— Je vous dois quelque chose…, dit-elle.
— Non, répondit Lori. Je ne… veux rien… de vous.
Elle avait fortement envie d’exprimer sa répugnance, mais la scène de retrouvailles qui se déroulait devant ses yeux — l’enfant qui tendait les bras pour caresser la joue de sa mère, ses sanglots qui s’apaisaient —était si tendre. Son dégoût se transforma en incompréhension ; sa peur en confusion.
— Laissez-moi vous aider, dit la femme. Je sais pourquoi vous êtes venue ici.
— J’en doute, dit Lori.
— Ne perdez pas votre temps ici, répondit la femme. Il n’y a rien pour vous ici, Midian est le refuge des Enfants de la Nuit. Et seulement des Enfants de la Nuit.
Sa voix avait diminué de volume ; ce n’était guère plus qu’un murmure.
— Les Enfants de la Nuit ? dit Lori à voix haute.
La femme prit un air peiné.
— Chut…, dit-elle. Je n’aurais pas dû vous le dire. Mais je vous devais au moins ça.
Lori avait cessé de battre en retraite vers la porte. Son instinct lui ordonnait d’attendre.
— Connaissez-vous un homme du nom de Boone ? dit-elle.
La femme ouvrit la bouche pour parler, le visage empreint de sentiments contradictoires. Elle voulait lui répondre, cela au moins était clair ; mais la peur l’empêchait de parler. Peu importe. Son hésitation était amplement suffisante. Elle connaissait Boone ; ou l’avait connu.
— Rachel.
Une voix s’éleva de la porte qui donnait sur les profondeurs de la terre. Une voix d’homme.
—Reviens, dit-elle. Tu n’as rien à dire.
La femme se tourna vers l’escalier.
— Monsieur Lylesburg, dit-elle d’un ton plein de formalisme. Elle a sauvé Babette.
— Nous le savons, répondit-on dans les ténèbres. Nous avons vu. Mais tu dois néanmoins revenir.
« Nous », pensa Lori. Combien d’autres personnes y avait- : il sous la terre ? Combien d’autres Enfants de la Nuit ?
Encouragée par la proximité de la porte ouverte, elle défia la voix qui tentait de réduire son informatrice au silence.