Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

L’animal était en train de se métamorphoser sous ses yeux. Au milieu de ses spasmes voluptueux, il perdait toute bestialité, non pas en réordonnant son anatomie mais en se liquéfiant —jusqu’aux os —, si bien que son corps naguère solide devint bientôt une masse confuse de matière. Là se trouvait l’origine de cette odeur douce-amère qu’elle avait sentie sous l’arbre : l’essence de la dissolution de l’animal. Dès l’instant où il perdit toute cohérence, sa matière faillit s’échapper des mains de Lori, mais l’essence de cette chose — sa volonté, peut-être ; peut-être son âme— la poussa à achever sa besogne recréatrice. La dernière partie à se dissoudre fut la griffe de l’animal, dont la désintégration fit naître un frisson de plaisir dans le corps de Lori. Cet instant de volupté ne lui fit pas oublier qu’elle était à présent libérée. Horrifiée, elle se hâta de se défaire de son fardeau, le jetant dans les bras tendus de l’autre femme comme s’il n’avait été qu’un tas d’excréments.

—Seigneur ! dit-elle en se reculant. Seigneur ! Seigneur !

Il n’y avait cependant aucune horreur sur le visage de l’autre femme ; seulement de la joie. Des larmes de bienvenue coulèrent le long de ses joues pâles et tombèrent sur la chose qu’elle tenait dans ses bras. Lori se tourna vers le soleil. Après la pénombre qui régnait à l’intérieur du mausolée, sa lueur était aveuglante. Elle fut momentanément désorientée et ferma les yeux pour trouver un répit.

Ce fut un bruit de sanglots qui les lui fit rouvrir. Ce n’était pas la femme qui pleurait cette fois, mais un enfant, une petite fille âgée de quatre ou cinq ans, gisant nue là où s’était trouvée la boue en cours de métamorphose.

— Babette, dit la femme.

Impossible, répondit sa raison. Cette enfant mince et pâle ne pouvait pas être l’animal qu’elle avait secouru sous l’arbre. C’était sûrement un truc, ou une illusion née de son esprit. Impossible ; tout à fait impossible.

— Elle aime aller jouer dehors, disait la femme en levant les yeux vers Lori. Et je lui dis toujours : « Jamais, jamais au soleil. Ne va jamais jouer au soleil. » Mais ce n’est qu’une enfant. Elle ne comprend pas.

Impossible, répéta sa raison. Mais au fond de ses tripes, Lori avait déjà renoncé à insister. Cet animal avait été réel.