Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Il est temps qu’on s’en aille, répéta Sheryl. Tu ne crois pas qu’il est temps qu’on s’en aille ?
— Oh !
— Sans vouloir te vexer, tu n’as pas l’air dans ton assiette.
— Merci.
Lori tendit une main, en quête d’un appui. Sheryl la saisit.
— Tu as vu tout ce que tu avais à voir, mon chou, dit-elle.
— Oui…
— Laisse tomber.
— Tu sais, ça n’a toujours pas l’air tout à fait réel, dit Lori. Même à présent que je suis ici. Même à présent que j’ai vu. Je n’arrive pas encore à y croire. Comment peut-il être si… inaccessible ? Il devrait y avoir un moyen de les atteindre, tu ne crois pas, un moyen de les atteindre et de les toucher.
— Qui ça ?
— Les morts. Sinon, ce ne sont que des absurdités, n’est-ce pas ? Des absurdités nées dans le cerveau d’un sadique.
Elle lâcha la main de Sheryl ; porta la sienne à son front et le frotta du bout des doigts.
— Je m’excuse, dit-elle. Je ne suis pas très cohérente ; ,n’est-ce pas ?
— Honnêtement ? Non.
Lori eut un regard contrit.
— Ecoute, dit Sheryl, cette ville n’est plus ce qu’elle était. Je pense qu’on devrait foutre le camp et la laisser pourrir en paix. Qu’est-ce que tu en dis ?
— Je vote pour.
— Je n’arrête pas de penser…
Sheryl laissa sa phrase inachevée.
— Quoi donc ?
— Je n’apprécie guère ce genre de compagnie, dit-elle, s’empressant d’ajouter : Je ne parle pas de toi.
— De qui, alors ?
— Tous ces morts, dit-elle.
— Quels morts ?
— De l’autre côté de la colline. Il y a un foutu cimetière.
— Vraiment ?
— Ce n’est pas un spectacle idéal, vu ton état d’esprit, dit vivement Sheryl.
Mais elle vit à l’expression du visage de Lori qu’elle aurait mieux fait de s’abstenir d’aborder ce sujet.
— Tu n’as pas besoin de voir ça, dit-elle. Vraiment.
— Rien qu’une minute ou deux, murmura Lori.
— Si on reste encore longtemps, il fera nuit quand on repartira.
— Je ne reviendrai plus jamais ici.
— Oh, bien sûr ! Tu dois vraiment voir ça ! Quel spectacle ! Des maisons pour les morts !
Lori eut un petit sourire.
— J’aurai vite fait, dit-elle, se mettant en marche en direction du cimetière.
Sheryl hésita. Elle avait laissé son pull-over dans la voiture et commençait à avoir froid. Mais depuis leur arrivée ici, elle avait sans arrêt l'impression qu’on les observait. Elle ne voulait pas se retrouver toute seule dans la rue à la nuit tombante.
— Attends-moi, dit-elle, et elle rattrapa Lori qui se trouvait déjà en vue du mur du cimetière.
— Pourquoi est-il si grand ? se demanda Lori à haute voix.
— Dieu seul le sait. Peut-être qu’ils sont tous morts en même temps.