Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Le rire suffisait parfois à exorciser les spectres ; le désespoir était plus résistant. Pour la première fois depuis le coup de téléphone de Decker, elle se sentit envahie par quelque chose qui ressemblait au deuil. Il était si facile d’imaginer Boone en ce lieu, seul et perdu, conscient de la présence toute proche de ses poursuivants. Il était encore plus facile de trouver l’endroit où ils l’avaient abattu. Les trous creusés par les balles étaient entourés à la craie ; le plancher du porche était imbibé de sang. Elle resta à l’écart du lieu durant plusieurs minutes, incapable de s’en approcher mais également incapable de battre en retraite. Sheryl s’était éloignée avec tact afin d’explorer la ville : il n’y avait personne pour rompre le charme hypnotique que la vision de ce lit de mort exerçait sur elle.

Il lui manquerait éternellement. Et pourtant, les larmes ne venaient pas. Peut-être leur flot s’était-il tari dans les toilettes du restaurant. Le sentiment qui venait alimenter son deuil était plutôt celui du mystère de cet homme qu’elle avait connu et aimé — ou aimé et cru connaître — et qui était venu mourir ici pour des crimes dont elle ne l’aurait jamais soupçonné d’être coupable. Peut-être était-ce la colère qu’elle ressentait à son égard qui l’empêchait de pleurer, sachant qu’en dépit de toutes ses déclarations d’amour, il lui avait dissimulé tant de choses et se trouvait à présent hors de portée de ses demandes d’explications. N’aurait-il pas pu lui laisser au moins un signe ? Elle se surprit à examiner les taches de sang et à se demander si des yeux plus perçants que les siens n’auraient pas pu y trouver quelque sens caché. Si l’on pouvait lire des prophéties dans du marc de cale, alors les dernières marques laissées par Boone en ce monde devaient avoir quelque signification. Mais elle était impuissante à les interpréter. Ces signes ne dissimulaient que des mystères sans solution, dont le principal était le sentiment qu’elle exprima à haute voix en regardant les marches :

— Je t’aime encore, Boone.

Ça, c’était une énigme : qu’elle fût prête, en dépit de sa colère et de ses doutes, à offrir le peu de vie qui subsistait en elle pour le voir franchir cette porte et l’embrasser.

Mais sa déclaration ne reçut aucune réponse, même la plus ambiguë. Aucun souffle spectral sur sa joue ; aucun soupir à son oreille. Si Boone se trouvait encore ici sous la forme d’un fantôme, il était muet et dépourvu de souffle ; la mort ne l’avait pas libéré, elle l’avait emprisonné.

Quelqu’un prononça son nom. Elle leva les yeux.

—…tu ne crois pas ? disait Sheryl.

— Pardon ?