Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Ce n’est qu’une image.
— C’est exact, répondit Decker. Ce n’est qu’une image. Qu’y voyez-vous ?
— Un homme mort.
— Un homme assassiné.
— Oui. Un homme assassiné.
Pas assassiné : massacré. La vie avait déserté son corps par une multitude d’entailles et de plaies, son sang avait coulé sur la lame qui lui avait tranché le cou et arraché le visage, avait giclé sur le mur qui se trouvait derrière lui. Il ne portait qu’un slip, aussi était-il facile de compter les blessures qui ravageaient son corps, en dépit du sang. Ce fut ce que Boone entreprit de faire, pour empêcher l’horreur de l’engloutir. Même ici, dans cette pièce où le docteur avait sculpté un autre moi à partir de la matière brute de son patient, Boone n’avait jamais éprouvé une telle panique. Son petit déjeuner, à moins qu’il ne s’agît de son dîner de la veille, remontait de ses entrailles au fond de sa gorge, dans un mouvement contre nature. De la merde dans sa bouche, pareille à la souillure de cet acte.
« Compte les blessures, se dit-il ; fais comme si c’étaient des boules sur un boulier. » Trois, quatre, cinq sur l’abdomen et sur la poitrine : l’une d’elles était particulièrement atroce, évoquant davantage une larme qu’une blessure, si large qu’elle découvrait les entrailles de l’homme mort. Deux autres sur l’épaule. Et puis le visage, défiguré par les plaies. Si nombreuses que personne n’aurait pu les compter, même pas le plus détaché des observateurs. Elles avaient rendu la victime totalement méconnaissable : les yeux arrachés, les lèvres tranchées, le nez en lambeaux.
— Assez ? dit Decker, comme si la question avait un sens.
— Oui.
— Il y en a d’autres.
Il découvrit la deuxième photographie, posant la première à côté de la pile. Une femme affalée sur un sofa, les deux moitiés de son corps disloquées d’une façon interdite par la vie. Sans doute n’avait-elle aucun rapport avec la première victime, mais le boucher avait façonné entre elles une hideuse ressemblance : la même absence de lèvres, la même absence d’yeux. Nées de parents différents, les deux victimes étaient parentes dans la mort, détruites par la même main.
Et Boone se surprit à penser : « Suis-je leur père ? »
« Non, répondirent ses tripes. Ce n’est pas moi qui ai fait ça. »