Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Lori hésita. Un rictus déformait le visage qui se trouvait devant elle. Il était cependant trop tard pour feindre l’ignorance.

— Oui, dit-elle en s’efforçant de dissimuler son énervement. Je sais qui c’est.

— Et vous savez ce qu’il a fait ? (La lèvre de l’homme se retroussa.) Il y avait des photos de lui. Je les ai vues.

Il se retourna de nouveau vers les enfants.

— Est-ce que vous allez la fermer ?

— C’est pas moi, protesta l’un des jumeaux.

— Je me fous de savoir qui c’est ! fut la réponse.

Il se dirigea vers eux, le bras levé. Ils disparurent de son ombre en quelques secondes, abandonnant leurs jouets tant ils le redoutaient. La rage que lui inspiraient ses enfants et le dégoût que soulevait en lui la photo ne faisaient à présent qu’un seul et même sentiment de révulsion.

— Un animal, dit-il en se tournant vers Lori. Voilà ce qu’il était. Un animal.

Il lui rendit brusquement la photographie souillée.

— Ils ont eu foutrement raison de l’abattre. Qu’est-ce que vous allez faire là-bas, bénir l’endroit où il est tombé ?

Sans dire un mot, elle reprit la photographie de ses doigts graisseux, mais il n’eut aucune peine à déchiffrer son expression. Il reprit sa tirade sans se démonter.

— Un homme comme ça devrait être abattu comme un chien, ma petite dame. Comme un foutu chien.

Elle battit en retraite devant sa véhémence, et ses mains tremblaient tellement qu’elle parvint à peine à ouvrir la portière de sa voiture.

— Vous ne voulez pas d’essence ? dit-il soudain.

— Allez au diable, répondit-elle.

Il prit un air déconcerté.

— Quel est votre problème ? répliqua-t-il dans un crachat.

Elle mit le moteur en route, priant dans un murmure pour que la voiture ne la trahisse pas. Elle eut de la chance.

S’éloignant à vive allure, elle jeta un coup d’œil dans son rétroviseur et aperçut l’homme en train de lui lancer des imprécations au milieu d’un nuage de poussière.

Elle ne savait pas d’où était née cette colère, mais elle savait où elle irait mourir : sur le dos des enfants. Inutile de se tourmenter. Le monde était plein de pères brutaux et de mères tyranniques ; et d’enfants indifférents, d’ailleurs. Ainsi allaient les choses. Elle ne pouvait pas civiliser l’espèce à elle toute seule.