Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Elle ne connaissait quasiment rien de la contrée qu’elle traversait. Sa famille venait de Toronto — l’Est civilisé, comme sa mère l’avait désigné jusqu’au jour de sa mort, reprochant sans cesse à son mari d’avoir fait émigrer sa famille chez les sauvages. Ce préjugé avait déteint sur Lori. La vision de champs de blé s’étendant jusqu’à l’horizon n’avait jamais excité son imagination et rien ne la poussait à changer d’avis à présent qu’elle roulait parmi eux. Les grains poussaient en paix, planteurs et moissonneurs étant occupés à d’autres tâches. La monotonie de ce paysage l’épuisa plus qu’elle ne l’avait supposé. Elle fit halte à McLennan, située à une heure de route en amont de Peace River, et passa une nuit paisible dans un motel, se réveillant tôt le lendemain matin et repartant tout de suite. Elle atteindrait Shere Neck à midi, estima-t-elle.

Cependant, tout ne se déroula pas comme prévu. Elle s’égara à l’est de Peace River et fut obligée de parcourir une soixantaine de kilomètres dans une direction qui lui paraissait mauvaise avant de trouver une station-service et quelqu’un capable de lui indiquer la bonne route.

Des jumeaux étaient en train de jouer avec des soldats en plastique sur le perron poussiéreux du bureau de la station-service. Leur père, avec qui ils avaient en commun des cheveux blonds comme les blés, écrasa une cigarette parmi les bataillons et se dirigea vers la voiture.

— Que désirez-vous ?

— De l’essence, s’il vous plaît. Et un renseignement.

— Ça vous coûtera cher, dit-il sans sourire.

— Je cherche une ville qui s’appelle Shere Neck. Vous la connaissez ?

Derrière lui, le conflit était en pleine escalade. Il se tourna vers les enfants.

— Vous allez la fermer ?

Les deux garçonnets se lancèrent un regard en coin et firent silence jusqu’à ce qu’il se soit retourné vers Lori. Les nombreux étés qu’il avait passés à travailler au soleil l’avaient prématurément vieilli.

— Pourquoi vous voulez aller à Shere Neck ? dit-il.

— J’essaye… de retrouver quelqu’un.

— Ah oui ? répondit-il, de toute évidence intrigué. (Il lui offrit un sourire conçu pour de plus belles dents.) C’est quelqu’un que je connais ? On ne voit pas beaucoup d’étrangers par ici.

Il n’y avait sans doute aucune mauvaise intention dans sa question, supposa-t-elle. Elle tendit la main vers son sac à main posé sur le siège et en retira une photographie.

— Vous n’avez jamais vu cet homme, je suppose ?

L’apocalypse menaçait d’engloutir le perron. Avant de regarder ce qu’elle lui tendait, il se tourna vers les enfants.

— Je vous ai dit de la fermer ! hurla-t-il, puis il se tourna vers la photographie de Boone afin de l’examiner.

Sa réaction fut immédiate :

— Vous savez qui est ce type ?