Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Le soulagement né de son évasion réussit à tenir toute autre réaction à l’écart de son esprit pendant une dizaine de minutes, mais lorsqu’il s’estompa, elle fut saisie de tremblements si violents qu’elle dut s’arrêter dans le premier endroit civilisé afin de se calmer. Il y avait un petit restaurant au milieu d’une douzaine de magasins, et elle y commanda un café et une part de tarte très sucrée, puis se retira dans les toilettes pour mettre un peu d’eau glacée sur ses joues brûlantes. Cette solitude précaire suffit à déclencher un flot de larmes. En voyant ses traits bouffis dans le miroir craquelé, elle se mit à sangloter avec tant de force que rien — pas même l’entrée d’une autre cliente — n’aurait pu la rendre assez honteuse pour s’arrêter.
La nouvelle venue n’agit pas comme Lori l’aurait fait dans de telles circonstances. Au lieu de s’éclipser discrètement, elle croisa son regard dans le miroir et dit :
— Qu’est-ce que c’est ? Les hommes ou le fric ?
Lori essuya ses larmes avec son doigt.
— Je suis désolée, dit-elle.
— Quand je pleure, dit la fille en passant un peigne dans ses cheveux teints au henné, c’est toujours à cause d’un homme ou à cause du fric.
— Oh !
La franche curiosité manifestée par la jeune fille aida Lori à refouler ses larmes.
— Un homme, dit-elle.
— Il t’a quittée, c’est ça ?
— Pas exactement.
— Seigneur ! Il est revenu ? C’est encore pire.
Cette remarque arracha à Lori un timide sourire.
— En général, c’est ceux dont on ne veut pas qui reviennent, hein ? continua la jeune fille. On leur dit de foutre le camp, et ils n’arrêtent pas de revenir, comme des chiens…
En entendant ce mot, Lori se rappela la scène de la station-service et sentit les larmes monter à nouveau.
— Oh, tais-toi, Sheryl, dit la nouvelle venue, tu ne fais qu’aggraver les choses.
— Non, dit Lori. Non, vraiment. J’ai besoin d’en parler.
Sheryl sourit.
— Autant que j’ai besoin d’un café ?
Elle s’appelait Sheryl Margaret Clark et elle aurait pu arracher des confidences à un ange. Au bout de deux heures de conversation et de cinq cafés, Lori lui avait raconté toute l’histoire, depuis sa première rencontre avec Boone jusqu’à l’instant où Sheryl et elle avaient échangé un regard dans le miroir. Sheryl avait elle aussi une histoire à raconter — comique plutôt que tragique —, l’histoire de la passion de son amant pour les voitures et de sa passion à elle pour le frère de son amant, une histoire qui s’était achevée par des paroles aigres-douces et par une séparation. Elle avait pris la route pour s’éclaircir les idées.