Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Peloquin était à cinq ou six mètres derrière lui, le corps toujours humain, nu et vulnérable, mais la tête entièrement bestiale, la gueule grande ouverte et cerclée de crocs pareils à des épines. Lui aussi arrêta sa course, s’attendant peut-être à ce que Boone dégaine une arme. Lorsque aucune n’apparut, il leva les bras vers sa victime. Jackie apparut derrière lui, trébuchant, et Boone eut sa première vision de cet homme. Ou était-ce de ces hommes ? Il y avait deux visages sur sa tête bosselée, aux traits également difformes ; ses yeux étaient délogés de leurs orbites et regardaient partout sauf devant lui, ses bouches ne faisaient qu’une seule plaie béante, ses nez n’étaient que des fentes dépourvues d’os. C’était le visage d’un fœtus de numéro de foire.

Jackie émit une ultime supplique, mais les bras tendus de Peloquin se transformaient déjà des phalanges au coude, leur délicatesse laissant la place à un formidable pouvoir.

Avant que leurs muscles ne se soient figés en place, il fondit sur Boone, bondissant pour abattre sa victime. Boone tomba devant lui. Il était à présent trop tard pour qu’il regrette sa passivité. Il sentit les griffes déchirer le tissu de son blouson pour mettre à nu la chair si appétissante de sa poitrine. Peloquin leva la tête et sourit, une expression pour laquelle sa gueule n’avait pas été conçue ; puis il mordit. Ses dents n’étaient pas longues, mais elles étaient nombreuses. Leur morsure fut moins douloureuse que Boone ne l’aurait cru, jusqu’à ce que Peloquin rejette violemment la tête en arrière, détachant une bouchée de muscle, accompagnée d’un lambeau de peau et d’un mamelon.

Le choc de cette douleur arracha Boone à sa résignation ; il se débattit sous le poids de Peloquin. Mais la bête recracha le lambeau de chair et sa gueule redescendit en quête de nourriture plus raffinée, exhalant une odeur de sang au visage de sa proie. Ce souffle n’était pas émis sans raison ; lorsqu’il inspirerait ensuite, ce serait pour arracher le cœur et les poumons de Boone à sa poitrine. Boone poussa un cri implorant, qui fut entendu. Avant que le souffle fatal n’ait pu être émis, Jackie saisit Peloquin et l’arracha à sa provende. Boone se sentit libéré du poids de la créature, et vit à travers un voile de douleur son défenseur lutter avec Peloquin, leurs membres se mêlant avec frénésie. Il ne souhaitait pas féliciter le vainqueur. Pressant la paume de sa main sur sa poitrine blessée, il se releva.