Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Peloquin n’avait apparemment qu’indifférence pour ce détail. Il dévoila ses dents et une fumée noire monta entre leurs interstices pour recouvrir son visage. Boone savait ce qui allait suivre. L’homme exhalait ce qu’il avait inhalé quelques moments plus tôt : son moi de lézard. Les proportions de sa tête étaient déjà en train de s’altérer subtilement, comme si son crâne se démontait et se remontait sous le masque de sa chair.
— Vous ne pouvez pas me tuer ! dit-il. Je suis des vôtres. La fumée qui s’élevait devant lui exprimait-elle un démenti ? En ce cas, il était intraduisible. Le débat était définitivement clos. Ce fauve avait l’intention de le dévorer…
Il sentit une douleur aiguë au ventre et découvrit en baissant les yeux que la main griffue se détachait de sa chair. L’étreinte se relâcha autour de son cou et la créature qui se trouvait derrière lui dit :
— Va-t’en.
Il n’avait besoin d’aucun encouragement supplémentaire. Avant que Peloquin n’ait pu achever sa reconstruction, Boone se dégagea de l’étreinte de Jackie et se mit à courir. Tout sens de l’orientation dont il aurait pu jouir fut annihilé par le caractère désespéré de sa situation, encore augmenté par le rugissement furieux poussé par le fauve affamé et par les bruits de poursuite derrière lui — qui surgirent apparemment de façon instantanée.
La nécropole était un vrai labyrinthe. Il courait à l’aveuglette, plongeant sur sa droite ou sur sa gauche chaque fois qu’une issue s’offrait à lui, mais il n’avait pas besoin de regarder par-dessus son épaule pour savoir que le dévoreur réduisait l’écart entre eux. Tout en courant, il entendit son accusation résonner dans sa tête :
Tu n’es pas un Enfant de la Nuit. Tu n’es que de la viande. De la viande pour les bêtes.
Ces mots étaient un supplice plus profond que la douleur qui tiraillait ses jambes et ses poumons. Même ici, parmi les monstres de Midian, il n’était pas à sa place. Et où le serait-il donc ? Il courait, comme courent les proies lorsque les affamés sont à leurs trousses, mais c’était une course qu’il ne pouvait pas remporter.
Il fit halte. Il se retourna.