Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il l’avait refusé alors ; il le refusait maintenant. En dépit de toute la pitié que lui inspirait la tragédie de Baphomet, bien qu’il sût qu’il ne pourrait échapper à la destruction dans son état de meurtrissure, pour Boone il y avait d’autres urgences.
Il ne pouvait pas sauver le Baptiseur. Mais il pouvait sauver Lori.
— Elle est là, dit la fillette.
— Où ça ?
— Droit devant. Regardez !
Seul le chaos était visible. Devant eux, l’allée avait été labourée ; lumière et fumée montaient du sol entaillé. Il n’y avait aucun signe de présence vivante.
— Je ne la vois pas, dit-il.
— Elle est sous terre, répondit l’enfant. Dans le gouffre.
— Guide-moi, alors.
— Je ne peux pas aller plus loin.
Pourquoi ?
— Posez-moi par terre. Je vous ai emmené aussi loin que je le pouvais. (Une panique à peine contenue s’était insinuée dans sa voix.) Posez-moi par terre, insista-t-elle.
Boone s’accroupit et la fillette glissa le long de son dos.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? dit-il.
— Je ne peux pas vous suivre. Ce n’est pas permis. Après le cataclysme qu’ils venaient de traverser, sadétresse était déconcertante.
— De quoi as-tu peur ? dit-il.
— Je n’ai pas le droit de regarder, répondit-elle. Pas le Baptiseur.
— Il est ici ?
Elle acquiesça, s’écartant de lui alors qu’une nouvelle violence élargissait encore la fissure.
— Allez rejoindre Lori, lui dit-elle. Faites-la sortir de là. Vous êtes tout ce qui lui reste.
Puis elle disparut, ses deux jambes devenant quatre dans sa fuite, laissant Boone au bord du gouffre.
4
La conscience de Lori la déserta durant sa chute. Lorsqu’elle revint à elle, quelques secondes plus tard, elle gisait à mi-hauteur d’une pente assez raide. Au-dessus d’elle, le toit était encore intact mais sévèrement fracturé, les fissures s’élargissant sous ses yeux, présage d’un effondrement total. Si elle ne se hâtait pas de fuir, elle serait enterrée vivante. Elle regarda en direction du sommet de la pente. Le tunnel transversal était à ciel ouvert. Elle se mit à ramper vers lui tandis que les parois craquaient, à deux doigts d’abandonner.
—Pas encore…, murmura-t-elle. Je vous en prie, pas encore…
Ce fut seulement lorsqu’elle arriva à moins de deux mètres du sommet que ses sens étourdis reconnurent la pente. Elle l’avait naguère descendue en soutenant Boone, l’emportant loin de la puissance qui résidait dans la chambre des profondeurs. Etait-elle encore là, en train d’observer sa reptation ? Ou bien ce cataclysme était-il le signe annonciateur de son départ : l’ultime adieu de l’architecte ? Elle ne sentait nullement son examen, mais d’un autre côté, elle ne sentait pas grand-chose. Son corps et son esprit ne fonctionnaient que parce que l’instinct le leur ordonnait. La vie se trouvait au sommet de la pente. Centimètre par centimètre, elle rampait à sa rencontre.