Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Placé comme il l’était, juste devant l’entrée principale, il était visible de la majeure partie de l’armée d’Eigerman, et bien que peu de ses soldats aient pénétré dans une église depuis leur mariage ou leur baptême, ils l’écoutaient à présent. Ils souhaitaient qu’on leur explique les visions qui leur avaient été révélées durant la demi-heure écoulée, des visions qu’ils auraient fuies avec joie si un désir qu’ils reconnaissaient à peine comme leur ne les avait pas forcés à demeurer près du mur, leurs lèvres murmurant des prières enfantines.

Eigerman savait que leur loyauté ne lui appartenait que par défaut. Ils ne lui obéissaient pas par amour de la loi. Ils lui obéissaient parce que la peur de battre en retraite sous les yeux de leurs compagnons était plus forte en eux que la peur de faire leur travail. Ils lui obéissaient parce qu’ils ne pouvaient pas dénier la fascination qu’ils éprouvaient, pareille à celle d’un enfant qui observe des fourmis impuissantes en train d’exploser sous une loupe traversée par les rayons du soleil. Ils lui obéissaient parce qu’il était plus simple d’obéir que de désobéir.

Ashbery pouvait les faire changer d’avis. Il avait une soutane, il avait une rhétorique. Si Eigerman ne l’arrêtait pas, il allait lui gâcher sa journée.

Eigerman sortit son revolver de sa gaine et suivit le prêtre en bas de la colline. Ashbery le vit approcher, vit l’arme qu’il tenait à la main.

Il éleva encore la voix.

— Ce n’est pas la volonté de Dieu ! hurla-t-il. Et ce n’est pas votre volonté non plus. Vous ne voulez pas de ce sang innocent sur vos mains.

« Un prêtre jusqu’au bout, pensa Eigerman, un pourvoyeur de honte. »

— Ferme ta gueule, pédé, glapit-il.

Ashbery n’avait aucune intention de s’exécuter ; pas alors qu’il tenait son public dans le creux de sa main.

— Ceux qui vivent là-dedans ne sont pas des animaux ! dit-il. Ce sont des gens. Et vous les tuez uniquement parce que ce fou vous l’a ordonné.

Ses paroles portèrent, même parmi les athées. Il exprimait à haute voix un doute que plus d’un parmi eux avait entretenu mais qu’aucun n’avait osé formuler. Une demi-douzaine de civils se dirigèrent vers leurs voitures, à présent exempts de tout enthousiasme pour leur mission exterminatrice. Un des hommes d’Eigerman quitta également son poste près des portes, accélérant le pas lorsque son chef tira un coup de feu dans sa direction.

— Restez à vos postes ! hurla-t-il.

Mais l’homme s’était enfui, avalé par la fumée.

Eigerman dirigea sa fureur contre Ashbery.

— J’ai une mauvaise nouvelle pour vous, dit-il en s’avançant vers le prêtre.