Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il crut d’abord qu’il s’agissait d’une nouvelle voix surgie du passé, telle celle de Lori. Mais lorsqu’elle se fit à nouveau entendre, elle ne provenait pas de son épaule, comme celle de son amante, mais de l’autre bout de la pièce. Il ouvrit les yeux, sentant le sang couler de sa tempe jusqu’à son œil gauche, et se tourna vers celui qui avait parlé. Une autre des victimes de la nuit, apparemment, amenée ici pour être réparée et abandonnée en attendant qu’on ait le loisir de se charger d’elle. L’homme était assis dans le coin le plus éloigné de la porte, sur laquelle ses yeux étaient fixés comme si son sauveur allait apparaître à tout moment sur le seuil. Il était virtuellement impossible de deviner quoi que ce soit de son âge ou de son apparence réels : la crasse et les croûtes les dissimulaient également. « Sans doute ai-je l’air pire encore », pensa Boone. Cela lui était en partie égal ; les gens avaient toujours l’habitude de le dévisager. Dans l’état qui était présentement le leur, lui et l’homme assis dans le coin étaient de ceux que l’on évitait en changeant de trottoir.
Mais alors que lui-même, avec ses jeans, ses chaussures éraflées et son tee-shirt noir, n’était qu’un quidam des plus ordinaires, il y avait sur la personne de l’autre certains signes qui le faisaient sortir de l’ordinaire. Le long manteau dont il était vêtu avait une sévérité monacale ; ses cheveux gris, tirés en arrière sur son crâne, s’achevaient par une tresse qui pendait fort bas dans son dos. Il portait des bijoux autour de son cou, presque dissimulés par le col de sa chemise, et sur ses pouces, deux ongles artificiels recourbés en crochets, qui semblaient être en argent.
Finalement, il y avait ce nom, qui émergeait à nouveau de ses lèvres.
—… Est-ce que vous m’y conduirez ? demanda-t-il doucement. Est-ce que vous me conduirez à Midian ?
Ses yeux n’avaient pas quitté la porte un seul instant. On aurait dit qu’il était inconscient de la présence de Boone, jusqu’au moment où, sans prévenir, il fit pivoter sa tête meurtrie et cracha sur le sol. Un glaviot strié de sang vint atterrir mollement aux pieds de Boone.
— Fous le camp d’ici ! dit-il. Tu les empêches de venir à moi. Ils ne viendront pas tant que tu resteras là.
Boone était trop épuisé pour discuter et trop meurtri pour se lever. Il laissa l’homme continuer de délirer.
— Fous le camp ! répéta-t-il. Ils ne se montreront jamais à quelqu’un comme toi. Tu ne le vois donc pas ?
Boone inclina la tête en arrière et tenta d’empêcher la douleur de l’autre de l’envahir.