Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
De tous les frères en souffrance que Boone avait rencontrés lors de ses années de maladie, dans les hospices et les asiles ou au-dehors, rares étaient ceux qui ne s’accrochaient pas à quelque talisman, quelque signe ou quelque souvenir pour monter la garde au seuil de leur esprit ou de leur cœur. Il avait vite appris à ne pas mépriser de tels charmes. N’importe quoi pour survivre à la nuit : c’était un axiome que l’expérience lui avait enseigné. La plupart de ces garde-fous étaient des objets personnels que ceux qui les possédaient dressaient contre le chaos. Bibelots, clés, livres et photographies : souvenirs de temps heureux, chéris pour se protéger des temps difficiles. Mais certains d’entre eux appartenaient à l’esprit collectif. Il existait des mots qu’il avait entendus plus d’une fois : des poèmes absurdes dont la cadence tenait la douleur à distance ; des noms de dieux.
Parmi ceux-ci, Midian.
Il avait entendu prononcer le nom de cet endroit peut-être une douzaine de fois par ses rencontres de passage, et toujours par ceux qui étaient arrivés au bout de leurs forces. Lorsqu’ils parlaient de Midian, c’était comme d’un refuge ; un endroit où l’on souhaitait être emporté. Et de plus : un endroit où les péchés — réels ou imaginés — qu’ils avaient commis leur seraient pardonnés. Boone ne connaissait pas l’origine de cette mythologie ; et il ne s’était jamais senti assez intéressé pour s’en enquérir. Il n’avait nullement besoin de pardon, du moins l’avait-il cru. A présent, il savait. Il avait grand besoin d’être purifié, purifié des obscénités que son esprit lui avait dissimulées jusqu’à ce que Decker les ait percées à jour, et dont aucune autorité connue ne pourrait le libérer. Il faisait désormais partie d’une autre classe de créatures.
Midian l’appelait.
Enfermé dans sa misère, il ne remarqua pas qu’une autre personne partageait la pièce blanche avec lui, jusqu’à ce qu’il entende l’écho d’une voix rauque.
— Midian…