Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
En l’entendant, deux ou trois de ceux qui franchissaient le seuil changèrent d’avis. Soudain indifférents à ce que leurs voisins allaient penser d’eux, ils entreprirent de se frayer un chemin vers l’air libre. Il y avait encore de la lumière dans la rue, de la chaleur pour étouffer le frisson de terreur glacée qui courait sur leur échine humaine lorsqu’ils entendaient ce cri. Mais pour ceux qui se trouvaient à l’avant-garde de la meute, la retraite était impossible. La porte était bloquée. Ils ne pouvaient que rester là où ils étaient et lever leurs armes, alors que le monstre rugissant émergeait des ténèbres qui régnaient au fond du poste de police.
Un de ces hommes avait assisté aux événements du matin devant la Sweetgrass Inn, et il reconnut en celui qui apparaissait devant eux l’assassin qu’il avait vu arrêter. Il connaissait aussi son nom.
— C’est lui ! se mit-il à hurler. C’est Boone !
L’homme qui avait tiré le premier sur Narcisse leva son arme et visa.
—Abattez-le !cria quelqu’un.
Il tira.
Boone avait déjà été abattu ; et abattu ; et abattu. Cette balle ridicule qui pénétrait dans sa poitrine et frappait son cœur muet, cette balle n’était rien. Il la chassa d’un rire et continua d’avancer, sentant la métamorphose qui le parcourait à mesure qu’il l’exhalait. Sa substance était fluide. Elle se dispersa en une multitude de gouttelettes et devint quelque chose de neuf ; en partie la bête dont il avait héritée de Peloquin, en partie un guerrier des ombres pareil à Lylesburg ; en partie Boone le dément, enfin réconcilié avec ses visions. Et, oh ! quel plaisir de sentir cette possibilité libérée et absoute ; le plaisir de fondre sur cette meute humaine et de la voir se disperser devant lui.
Il sentait leur chaleur, et elle lui donnait faim. Il voyait leur terreur, et elle lui donnait des forces. Ils s’appropriaient une telle autorité, ces gens-là. Ils se prenaient pour les arbitres de ce qui était bien et de ce qui était mal, de ce qui était naturel et de ce qui ne l’était pas, justifiant leur cruauté par des lois spécieuses. A présent, une loi bien plus simple était à l’œuvre, et leurs entrailles se rappelaient la peur la plus ancienne : celle de devenir une proie.
Ils s’enfuirent devant lui, la panique se répandant à travers leurs rangs désordonnés. Fusils et pierres furent oubliés dans ce chaos, et les appels au sang devinrent des appels au secours. Se piétinant les uns les autres dans leur hâte, ils se battirent crocs et griffes pour regagner la rue.