Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Ohnaka avait dépassé le point de non-retour. Ses jambes s’effondrèrent sous lui, son corps se faisant de plus en plus frêle sous les assauts du soleil. Son visage — à présent tourné vers Pettine— déclencha des cris aigus tandis que sa chair tombait en lambeaux et que la fumée montait de ses orbites comme si son cerveau avait été en feu.
Il avait cessé de hurler. Son corps n’avait plus assez de force. Il s'effondra sur le sol, la tête rejetée en arrière comme pour inviter le soleil à accélérer son supplice. Avant qu’il n’ait heurté le pavé, une dernière articulation se brisa dans son être avec un bruit de détonation. Ses restes décomposés s’envolèrent dans un jaillissement de poussière de sang et d’os.
Lori tenta de forcer Babette à détourner les yeux, souhaitant épargner cette vision à la fillette autant qu’à elle-même. Mais l’enfant refusa d’obéir. Même lorsque la scène d’horreur eut pris fin — le corps d’Ohnaka éparpillé sur l’allée —, elle garda le visage pressé contre la grille, comme si elle désirait connaître tous les détails de cette mort par le soleil. Et Lori fut obligée de voir tout ce que voyait l’enfant. Elle partageait avec Babette chacun des frissons qui parcouraient ses membres ; goûtait les larmes qu’elle refoulait pour empêcher sa vision de se brouiller. Ohnaka était mort, mais ses bourreaux n’avaient pas fini leur travail. Tant qu’il y aurait des choses à voir, la fillette continuerait d’observer.
Tommy essayait de nettoyer son uniforme des vomissures qui le maculaient. Pettine donnait des coups de pied dans un fragment du cadavre d’Ohnaka ; Cas prenait une cigarette dans la poche de poitrine de Gibbs.
— Donne-moi du feu, tu veux ?
Gibbs enfonça une main tremblante dans la poche de ses pantalons, en quête d’allumettes, les yeux rivés sur les restes encore fumants.
— Je n’ai jamais vu une chose pareille, dit Pettine d’une voix presque machinale.
— T’as chié dans ton froc cette fois, Tommy ? ricana Cas.
— Va te faire foutre, répondit Tommy, dont le visage était écarlate. Gibbs a dit tout à l’heure qu’on aurait dû appeler le chef. Il avait raison.
— Qu’est-ce que ce connard d’Eigerman aurait pu faire ? commenta Pettine, crachant dans la poussière rouge à ses pieds.
— Tu as vu la tête de ce type ? dit Tommy. Tu as vu la façon dont il m’a regardé ? J’étais presque mort, je te dis. Il aurait pu me tuer.
— Qu’est-ce qui se passe ici ? dit Cas.
Gibbs avait une réponse relativement correcte à lui offrir.
— C’est le soleil, dit-il. J’ai entendu parler de ce type de maladie. C’est le soleil qui l’a eu.