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Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Decker tint sa parole. Lorsqu’il en demanda d’autres, elles lui furent données, et sous leur influence soporifique, ils se remirent à rassembler des preuves, le docteur revenant encore et encore sur les détails des crimes de Boone dans l’espoir de les comprendre. Mais rien ne s’éclaircit. Tout ce que l’esprit de plus en plus passif de Boone put retirer de ces séances, ce furent de vagues images des seuils qu’il avait franchis et des marches qu’il avait gravies lors de l’accomplissement de ses meurtres. Il était de moins en moins conscient de Decker, qui luttait toujours pour récupérer quelque chose de valeur dans l’esprit clos de son patient. Boone ne connaissait plus à présent que le sommeil, la honte, et l’espoir, de plus en plus vif, de mettre un terme à ces deux états.

Seule Lori, ou plutôt son souvenir, résistait à l’emprise que la drogue exerçait sur lui. Il entendait parfois sa voix dans son oreille interne, aussi claire qu’un carillon, répétant des mots qu’elle avait prononcés lors d’une de leurs conversations banales et qui remontaient à lui depuis le passé. Il n’y avait rien de significatif dans ses phrases ; peut-être étaient-elles associées à un regard qu’il avait chéri, ou au contact de sa main. A présent, il ne pouvait se rappeler ni son regard ni le contact de sa main — tant les drogues le privaient de sa capacité à imaginer. Tout ce qui lui restait, c’étaient ces phrases disloquées, qui le troublaient non pas tant parce qu’elles semblaient être prononcées par quelqu’un qui se trouvait près de lui, mais parce qu’elles étaient privées de tout contexte dont il puisse se souvenir. Et le pire de tout, c’était que leur bruit lui rappelait cette femme qu’il avait aimée et qu’il ne reverrait jamais plus, excepté sur un banc du tribunal. Une femme à qui il avait fait une promesse qu’il avait trahie à peine quelques semaines plus tard. Dans son état de complète désolation, au milieu de ses pensées à peine cohérentes, cette promesse trahie était aussi monstrueuse que les crimes des photographies. Elle ne lui laissait plus que l’Enfer.

Ou la mort. Plutôt la mort. Il ne savait pas exactement combien de temps s’était écoulé depuis qu’il avait passé un marché avec Decker, échangeant sa stupeur contre quelques jours d’enquête supplémentaires, mais il était certain d’avoir respecté le contrat. Il avait fini de parler. Il n’y avait plus rien à dire, ni à entendre. Il ne lui restait plus qu’à se livrer à la loi et à confesser ses crimes, ou à faire ce que l’Etat n’avait plus le pouvoir d’accomplir et à supprimer le monstre.