Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Babette ignora cet ordre et s’enfonça dans les tunnels, tournant à chaque coude avec l’aisance de quelqu’un qui connaissait par cœur tous les tours et les détours de ce labyrinthe. Leur route conduisit l’enfant et son passager loin des artères principales, dans des passages plus sombres et plus étroits, jusqu’à ce que Babette soit sûre de ne plus être poursuivie. Elles étaient arrivées devant une brèche dans le mur, trop petite pour laisser passer un adulte. Babette s’y faufila, pour aboutir dans un espace aussi étroit que l’intérieur d’un réfrigérateur, et aussi froid, qui était sans doute la cachette préférée de la fillette. Elle s’assit là pour reprendre son souffle, ses yeux hypersensibles perçant aisément les ténèbres. Ses quelques trésors étaient rassemblés autour d’elle. Une poupée faite d’herbes tressées et couronnée de fleurs printanières ; deux crânes d’oiseaux, une petite collection de cailloux. En dépit de son étrangeté, Babette ressemblait sur ce point à n’importe quel enfant : empreinte de sensibilité et d’esprit rituel. Ici se trouvait son univers. Qu’elle permette à Lori de le découvrir, c’était une preuve de confiance.
Mais elle n’avait pas seulement amené Lori en ce lieu pour contempler sa cache. Il y avait des voix au-dessus d’elles, assez proches pour être clairement entendues.
—Pu-tain ! T’as vu ça ? On pourrait dissimuler une armée entière là-dedans.
— Raconte pas des trucs pareils, Cas.
— T’as chié dans ton froc, Tommy ?
— Non.
— Pourtant, à en croire l’odeur…
— Va te faire foutre.
— Fermez-la, tous les deux. On a du boulot.
— Par où on commence ?
— On cherche des traces de passage.
— Il y a des types ici. Je les sens. Decker avait raison.
— Alors, sortons-les de leur trou, qu’on puisse les voir.
— Tu veux dire… descendre ? Je ne vais sûrement pas descendre là-dedans.
— Pas besoin de descendre.
— Alors, comment ils vont sortir, connard ?
La réponse à cette question ne fut pas formulée en mots, mais consista en un coup de feu qui ricocha sur la pierre.
— Comme au tir aux pigeons, dit quelqu’un. S’ils ne veulent pas sortir de là, ils y resteront de façon permanente.
— Comme ça, on n’aura pas besoin de leur creuser une tombe !
Qui sont ces gens ? pensa Lori. Elle n’avait pas plus tôt posé cette question que Babette se relevait et s’enfonçait dans un étroit tunnel donnant sur sa cachette. Il était à peine assez large pour laisser passer son petit corps ; Lori sentit une bouffée de claustrophobie. Mais elle reçut une compensation. Devant elle, il y avait la lumière du jour et le parfum de l’air libre qui, en réchauffant la peau de Babette, réchauffèrent également celle de Lori.