Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Lori resta debout sur le trottoir en face du restaurant durant cinq minutes, observant le bâtiment en quête d’un signe d’activité. Il n’y en eut aucun. A présent qu’elle découvrait les lieux à la lumière du jour, elle se rendait compte à quel point ce quartier était en ruine. Decker avait bien choisi son coin. Il n’y avait probablement aucune chance pour que quelqu’un l’eût vu entrer ou sortir de l’immeuble la nuit précédente. Même en plein milieu de l’après-midi, on ne voyait aucun piéton et les rares voitures qui empruntaient la rue s’empressaient de rouler vers des quartiers plus prometteurs.
Quelque chose dans cette scène — peut-être la chaleur du soleil contrastant avec la pauvre sépulture de Sheryl — lui rappela son aventure solitaire dans Midian ; ou plus précisément sa rencontre avec Babette. Ce n’était pas seulement son esprit qui conjurait la vision de la fillette. On aurait dit que son corps tout entier revivait leur première rencontre. Elle sentait contre son sein le poids de l’animal qu’elle avait ramassé. Son souffle laborieux résonnait à ses oreilles, son parfum doux-amer lui picotait les narines.
Ces sensations se manifestaient avec une telle force qu’elles constituaient presque un appel : un danger passé l’avertissant d’un danger présent. Elle semblait voir l’enfant dans ses bras, en train de la regarder, bien qu’elle n’eût jamais porté Babette sous sa forme humaine. La bouche dela fillette s’ouvrait et se refermait, formulant une prière que Lori ne parvenait pas à déchiffrer.
Puis, comme si elle s’était trouvée dans une salle de cinéma au moment d’une panne de projecteur, ces images disparurent et elle se retrouva au sein d’un seul ensemble de sensations : la rue, le soleil, l’immeuble calciné devant elle.
Il ne servait à rien de reculer encore l’instant si redoutable. Elle traversa la rue, monta sur le trottoir et, refusant de ralentir l’allure ne fût-ce qu’un instant, franchit le seuil carbonisé pour pénétrer dans la pénombre. Comme l’obscurité arrivait vite ! Comme le froid arrivait vite ! Un seul pas hors du soleil, et elle se trouvait dans un autre monde. Elle ralentit pour traverser le labyrinthe de débris qui se trouvait entre la porte d’entrée et celle de la cuisine. Sa seule et unique intention était gravée dans son esprit : découvrir une bribe de preuve susceptible d’incriminer Decker. Elle devait écarter toute autre préoccupation : sa répugnance, sa peine, sa terreur. Elle devait rester calme et froide. Jouer le jeu à la manière de Decker.
Elle rassembla ses forces et passa sous la voûte.
Elle n’aboutit cependant pas dans la cuisine : elle se retrouva à Midian.