Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Eigerman ne faisait même pas semblant de l’écouter. Son euphorie s’était accrue en proportion directe du nombre de cadavres évacués de la Sweetgrass Inn, à savoir seize au dernier décompte. Il en espérait davantage. Le seul survivant humain était un bébé d’un an que l’on avait trouvé dans un berceau de draps ensanglantés. Il l’avait porté lui-même hors de l’immeuble, pour le bénéfice des photographes. Demain, le pays tout entier connaîtrait son nom.
Rien de tout cela n’aurait été possible sans le tuyau fourni par Decker, bien sûr, et c’était pour cette raison qu’il le supportait, même si, à ce stade des événements, attendu comme il l’était par les journalistes et leurs flashes, il n’allait foutrement pas donner l’assaut à une poignée de dingues amateurs de cadavres, ce que Decker lui suggérait de faire.
Il sortit son peigne et se mit à ratisser ses rares cheveux dans l’espoir de tromper les appareils photos. Il n’avait rien d’un prix de beauté, il le savait bien. Et si jamais il était venu à l’oublier, Annie était là pour le lui rappeler. « Tu ressembles à une truie », aimait-elle à lui dire, en général le samedi soir au moment de se coucher. Mais les gens ne voyaient que ce qu’ils voulaient voir. Après cette journée, il aurait l’air d’un héros.
Est-ce que vous m’écoutez ? dit Decker.
— Oui. Il y a des types qui profanent les tombes. J’ai entendu.
— Ils ne profanent pas les tombes. Et ce ne sont pas des types.
— Des dingues, dit Eigerman. Je les ai vus.
— Vous n’en avez jamais vu de pareils.
— Vous ne voulez pas dire qu’il y en avait à la Sweetgrass Inn, hein ?
— Non.
— On a capturé le responsable, d’accord ?
— Oui.
— Il est sous les verrous.
— Oui. Mais il y en a d’autres à Midian.
— Des assassins ?
— Probablement.
— Vous n’en êtes pas sûr ?
— Envoyez donc vos hommes là-bas.
— Pourquoi être si pressé ?
— Je vous l’ai déjà dit douze fois.
— Alors, dites-le-moi encore.
— Il faut les capturer avant la tombée de la nuit.
— De quoi s’agit-il exactement ? De vampires ? (Il eut un gloussement.) C’est ça ?
— C’est une façon de parler, répondit Decker.
— Eh bien, laissez-moi vous dire, et c’est une façon de parler, que ça devra attendre. Il y a des gens qui veulent m’interviewer, docteur. Je ne peux pas les laisser en plan. Ça ne serait pas poli.
— Au diable la politesse. Vous avez des adjoints, n’est-ce pas ? Ou bien n’y a-t-il qu’un seul flic dans ce trou ?
Cette dernière remarque froissa quelque peu Eigerman.
— J’ai des adjoints.
— Alors, puis-je vous suggérer d’en envoyer quelques-uns à Midian ?
— Pour quoi faire ?
— Pour creuser un peu partout.