Back Cabale Save as PDF

Cabale

Clive Barker
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Cabale

DU MÊME AUTEUR
aux Éditions Albin Michel

Collection « Spécial fantastique »
Livre de Sang
Une course d’enfer

Collection « Spécial suspense »
Le Jeu de la damnation

Hors collection

Le Royaume des Devins

Clive Barker

CABALE

ROMAN
traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque

Albin Michel

Édition originale anglaise :

CABAL

© Clive Barker 1988

Fontana Paperbacks, Londres


Traduction française :

© Éditions Albin Michel S.A., 1990
22, rue Huyghens, 75014 Paris

Pour Annie

« Nous sommes tous des animaux imaginaires… »

Domingo d’Ybarrondo,
Un bestiaire de l’âme

PREMIÈRE PARTIE

Loco

« Je suis suis née vivante. N’est-ce pas un châtiment suffisant ? »
Mary Hendrickson,
lors de son procès pour parricide

I
La vérité

De toutes les promesses hâtives que l’on se fait à minuit au nom de l’amour, aucune, Boone le savait à présent, n’est plus sûrement trahie que celle-ci : « Je ne te quitterai jamais. »

Ce que le temps ne vous dérobait pas, les circonstances se chargeaient de vous l’ôter. Il était inutile d’espérer le contraire ; inutile de rêver que le monde vous voulait du bien. Tout ce qui avait de la valeur pour vous, tout ce à quoi vous vous accrochiez pour garder la raison, finirait par pourrir ou par vous être enlevé, et un gouffre béant apparaîtrait sous vos pieds, tout comme il apparaissait à présent sous ceux de Boone, et soudain, sans avoir eu droit à la moindre explication, vous disparaîtriez. En route pour l’enfer ou pis encore, avec toutes vos professions de foi et d’amour.

Il n’avait pas toujours été aussi pessimiste. A une certaine époque — il n’y avait pas si longtemps —, il avait senti le fardeau de son angoisse mentale s’alléger. Les épisodes psychotiques s’étaient faits plus rares, ainsi que les journées où il aurait préféré se taillader les poignets plutôt que de supporter la longue attente jusqu’à sa prochaine dose. Il lui avait semblé qu’il avait des chances de connaître le bonheur.

C’était cette perspective qui lui avait arraché cette déclaration d’amour ; ce « Je ne te quitterai jamais » qu’il avait chuchoté à l’oreille de Lori alors qu’ils étaient étendus sur le lit si étroit qu’il ne l’aurait jamais cru capable d’accueillir deux personnes. Ces mots ne lui étaient pas venus à la bouche au milieu d’un déchaînement de passion. Leur vie amoureuse, tout comme leur relation en général, était accablée de problèmes. Mais là où d’autres femmes avaient renoncé à lui, refusant de lui pardonner son échec, elle avait persévéré, lui avait dit qu’il avait le temps de s’en sortir, tout le temps du monde. « Je serai à tes côtés tant que tu voudras de moi », c’est ce que sa patience semblait signifier.