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Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Personne ne lui avait jamais offert un tel engagement ; et il voulait en offrir un autre en retour. Ces mots : « Je ne te quitterai jamais. » Voilà.

Le souvenir de ces mots, et celui de sa peau presque lumineuse dans la pénombre de la chambre, et du bruit de son souffle lorsqu’elle s’était finalement endormie près de lui — tout ceci avait encore le pouvoir de lui saisir le cœur, et de le serrer jusqu’à la douleur.

Il souhaitait ardemment se libérer à la fois du souvenir et des mots, à présent que les circonstances lui avaient dérobé tout espoir de les concrétiser. Mais ils refusaient de se laisser oublier. Ils le tourmentaient encore, profitant de sa fragilité. Son seul réconfort était de savoir qu’elle—sachant ce qu’elle devait à présent savoir à son sujet — allait s’efforcer de l’effacer de son souvenir ; et qu’elle y réussirait avec le temps. Il espérait seulement qu’elle comprendrait qu’il ignorait tout de lui-même lorsqu’il lui avait fait cette promesse. Il n’aurait jamais couru le risque de connaître une telle douleur s’il n’avait pas cru que la santé mentale était enfin à sa portée.

Rêve donc !

Decker avait brutalement étouffé ces illusions. Il avait fermé à clé la porte de son bureau, baissé le store pour cacher le soleil printanier qui brillait sur l’Alberta, et dit, d’une voix à peine plus haute qu’un murmure :

— Boone. Je crois que nous avons de graves ennuis, vous et moi.

Boone avait noté que le corps immense du psychiatre maîtrisait mal un tremblement. Decker avait le physique d’un homme qui va exsuder ses angoisses au gymnase en fin de journée. Même ses costumes taillés sur mesure, toujours de couleur anthracite, étaient impuissants à domestiquer sa masse, ce qui avait causé une certaine nervosité chez Boone lorsqu’ils avaient commencé à travailler ensemble ; il s’était senti intimidé par l’autorité, tant physique que mentale, du docteur. A présent, c’était la faillibilité de cette force qu’il redoutait. Decker était un Roc ; il était la Raison ; il était le Calme. Cette anxiété contredisait tout ce qu’il connaissait de lui.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Boone.

— Asseyez-vous, voulez-vous ? Asseyez-vous et je vais vous le dire.

Boone s’exécuta. Dans ce bureau, Decker était le maître. Le docteur s’enfonça dans son fauteuil de cuir et inspira profondément par le nez, sa bouche dessinant un pli amer.

— Dites-moi…, commença Boone.

— Où commencer ?

— N’importe où.

— Je croyais que vous alliez mieux, dit Decker. Je le croyais vraiment. Nous le croyions tous les deux.

— Je vais toujours mieux, dit Boone.