Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Elle fut accueillie par le vacarme des sirènes de police, dont la panique augmenta encore la sienne. Bien que les voitures fussent encore éloignées, leur destination ne faisait aucun doute. Plus bruyantes à chaque seconde, elles fonçaient vers la Sweetgrass Inn, impatientes de capturer les coupables.

Elle appela Boone.

— J’ai fini ! dit-elle. Fichons le camp !

Aucune réponse ne lui parvint.

— Boone ?

Elle se dirigea vers la porte, s’efforçant de ne pas regarder les cadavres. Boone était à l’autre bout de la pièce, découpé à contre-jour devant les rideaux. Son souffle n’était plus audible.

— Tu m’écoutes ? dit-elle.

Il ne bougea pas d’un muscle. Elle ne pouvait lire aucune expression sur son visage — il faisait trop sombre —, mais elle vit qu’il avait ôté ses lunettes noires.

— Nous n’avons pas beaucoup de temps, dit-elle. Tu viens ?

Au moment où elle prononçait ces mots, il se mit à exhaler. Ce souffle-ci n’avait rien de normal, elle le sut avant même que la fumée ne monte de sa gorge. Lorsqu’elle s’éleva, il porta les mains à sa bouche comme pour l’empêcher de sortir mais, arrivées au niveau de son menton, elles s’immobilisèrent et entrèrent en convulsions.

—Va-t'en, dit-il dans ce même souffle qui portait la fumée.

Il lui était impossible de bouger ou de le quitter des yeux.

La pénombre n’était pas assez épaisse pour l’empêcher de percevoir sa métamorphose, son visage en train de se réordonner derrière le voile de fumée, la lumière qui enflammait ses bras et montait le long de son cou en vagues qui venaient faire fondre les os de sa tête.

—Je ne veux pas que tu voies ça, la supplia-t-il d’une voix en pleine dégénérescence.

Trop tard. A Midian, elle avait vu l’homme à la chair embrasée, et le peintre à la tête de chien, et bien d’autres encore. Toutes leurs maladies étaient présentes dans l’organisme de Boone et défaisaient son humanité devant ses yeux. Il était l’incarnation même du cauchemar. Pas étonnant qu’il se mette à hurler, rejetant la tête en arrière tandis que son visage se dérobait.

Ce cri était cependant presque couvert par celui des sirènes. Elles n’étaient sûrement pas à plus d’une minute de la porte de l’hôtel. En partant tout de suite, elle réussirait peut-être à les semer.

Devant elle, Boone avait achevé sa décomposition, ou sa recomposition. Il baissa la tête tandis que des lambeaux de fumée s’évaporaient autour de lui. Puis il se mit en mouvement, ses nouveaux muscles le portant avec autant d’aisance que ceux d’un athlète.