Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Il n’y avait rien en elles pour susciter quelque souvenir que ce fût. La plupart des détails de chaque pièce avaient disparu sous le flash du photographe ; ce qui subsistait était d’une complète banalité. Les seuls éléments qui auraient pu éveiller en lui une réaction — les visages des victimes — avaient été oblitérés par l’assassin, ravagés au point d’en être méconnaissables ; le plus expert des entrepreneurs de pompes funèbres aurait été impuissant à ravaler ces façades fracassées. Ne restait donc qu’à déterminer où s’était trouvé Boone cette nuit-ci et cette nuit-là ; avec qui ; faisant quoi. Il n’avait jamais tenu un journal, aussi lui fut-il fort difficile de vérifier ses faits et gestes, mais la plupart du temps — à l’exception des heures qu’il avait passées avec Lori ou avec Decker, dont aucune ne semblait coïncider avec l’heure du crime —, il s’était trouvé seul et sans alibi. Au bout du quatrième jour, le dossier monté contre lui semblait tout à fait accablant.
— Assez, dit-il à Decker. Ça suffit.
— J’aimerais tout revoir une nouvelle fois.
—A quoi ça sert ? dit Boone. Je veux en finir.
Durant les jours — et les nuits — qui venaient de s’écouler, la plupart de ses vieux symptômes, des signes de maladie dont il s’était cru sur le point d’être à jamais débarrassé, étaient revenus le hanter. Il ne parvenait pas à dormir plus de quelques minutes avant que des visions atroces ne le projettent dans un état d’éveil incertain ; il ne pouvait plus se nourrir correctement ; il tremblait du fond de ses tripes, chaque minute de chaque jour. Il voulait en finir avec tout ça ; voulait cracher son histoire et subir son châtiment.
— Laissez-moi encore quelque temps, dit Decker. Si nous allons voir la police, on vous enlèvera à moi. On ne me donnera probablement pas le droit de vous voir. Vous vous retrouverez tout seul.
— Je suis déjà tout seul, répondit Boone.
Depuis qu’il avait vu les photographies pour la première fois, il avait rompu tout contact, même avec Lori, redoutant sa capacité à faire le mal.
— Je suis un monstre, dit-il. Nous le savons tous les deux. Nous avons toutes les preuves nécessaires.
— Ce n’est pas seulement une question de preuves.
— Quoi d’autre, alors ?
Decker s’adossa au châssis de la fenêtre ; sa masse était devenue un fardeau pour lui ces derniers jours.
— Je ne vous comprends pas, Boone, dit-il.
Le regard de Boone alla de l’homme au ciel. Un vent soufflait du sud-est aujourd’hui ; des fragments de nuages couraient devant lui. Ce serait la bonne vie, pensa Boone, que d’être là-haut, plus léger que l’air. Ici-bas, tout était lourd ; la chair et la honte faisaient ployer votre échine.