Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Ceci était Baphomet. Cette chose démembrée et divisée. En voyant son visage, elle hurla. Aucun conte, aucun film, aucune désolation, aucune extase ne l’avait préparée au créateur de Midian. Il était sûrement sacré, comme toutes choses aussi extrêmes étaient sûrement sacrées. Une chose au-delà de toutes les choses. Au-delà de l’amour, de la haine ou de leur union ; au-delà du beau, du monstrueux ou de leur union. Au-delà, enfin, de ce que son esprit pouvait comprendre ou cataloguer. Dès l’instant où elle détourna les yeux de cette vision, elle en avait déjà effacé toutes les composantes de sa mémoire consciente, les refoulant là où ni la torture ni la séduction ne pourraient les restituer à ses yeux.
Elle avait ignoré l’étendue de sa propre force jusqu’au moment où, pleine du désir frénétique de fuir cette présence, elle remit Boone sur pieds et le traîna vers le corridor. Il ne put guère lui venir en aide. Le temps qu’il avait passé en présence du Baptiseur n’avait laissé que quelques vestiges de puissance dans ses muscles. Lori eut l’impression qu’une éternité s’écoula avant qu’ils aient regagné le sommet de la pente, la lumière glacée de la flamme projetant devant eux leurs ombres prophétiques.
Le corridor d’accès était désert. Elle s’était à moitié attendue à y découvrir Lylesburg, attendant leur retour avec des renforts, mais le silence qui régnait dans la chambre souterraine s’était étendu à l’ensemble des tunnels. Une fois qu’elle eut traîné Boone à quelques mètres du sommet de la pente, elle fit halte, ses poumons enflammés par l’effort. Boone émergeait de la transe de détresse ou de terreur dans laquelle elle l’avait trouvé.
— Tu sais comment on fait pour sortir d’ici ? Lui demanda-t-elle.
— Je crois, dit-il.
— Il va falloir que tu me donnes un coup de main. Je ne pourrai pas te soutenir très longtemps.
Il hocha la tête, puis se tourna vers l’entrée du gouffre de Baphomet.
— Qu’est-ce que tu as vu ? demanda-t-il.
— Rien.
— Bien.
Il se couvrit le visage de ses mains. Un de ses doigts avait disparu, vit-elle, et cette blessure était récente. Il lui semblait cependant insensible, aussi ne lui posa-t-elle aucune question, préférant l’encourager à bouger. Il se montra hésitant, presque maussade après ce déchaînement d’émotion, mais elle persista jusqu'à ce qu’ils aient atteint un escalier assez raide qui leur fit traverser un mausolée et émerger dans la nuit.