Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Accrochée au portail, elle tourna sa tête de plomb et, à travers la marée de lumière, vit Decker, debout à quelques mètres d’elle. Derrière lui, sa voiture aux phares éteints. En dépit du vertige qui l’envahissait, elle comprit qu’elle avait été manipulée. Decker l’avait laissée s’échapper, sachant qu’elle partirait à la recherche de son ennemi.
— Idiote ! dit-elle pour elle-même.
— Oui, en effet. Mais qu’auriez-vous pu faire d’autre ? Sans aucun doute, vous vous êtes crue capable de le sauver
Il ne lui restait ni assez de forces ni assez d’esprit pour résister à cet homme. Renonçant au portail qui la soutenait, elle pénétra en chancelant dans le cimetière.
—Boone ! cria-t-elle. Boone !
Decker ne se hâta pas de la suivre ; c’était inutile. Elle n’était qu’un animal blessé partant en quête d’un autre animal blessé. Elle jeta un coup d’œil derrière elle et le vit en train de charger son revolver à la lueur des phares. Puis il poussa le portail et se lança à sa poursuite.
Les éclats de lumière qui jaillissaient dans sa tête l’empêchaient presque de distinguer les allées devant elle. Elle était pareille à une aveugle, sanglotant et trébuchant ; elle ne savait même plus si Decker se trouvait derrière elle ou devant elle. Il pouvait l’éliminer à tout instant. Une seule balle et sa vie enchantée prendrait fin.
3
Sous terre, les Enfants l’entendirent arriver, tant leurs sens étaient aptes à percevoir la panique et le désespoir. Ils reconnurent aussi le pas du chasseur ; ils ne l’avaient que trop souvent entendu derrière eux. A présent, ils attendaient, pleins de pitié pour cette femme qui allait connaître ses derniers instants mais tenant trop à leur refuge pour le mettre en péril. Il ne subsistait que peu de cachettes où ces êtres monstrueux pouvaient trouver le repos. Ils n’allaient pas mettre leur ermitage en péril pour une vie humaine.
Ils souffraient néanmoins en entendant ses prières et ses appels. Et pour l’un d’entre eux, ces bruits étaient presque insoutenables.
— Laissez-moi aller la rejoindre.
— Tu ne peux pas. Tu sais bien que c’est impossible.
— Je peux le tuer. Qui saura jamais qu’il est venu ici ?
—Il n'est sûrement pas seul. Il y en a d'autres qui l'attendent à l'extérieur. Rappelle-toi comment ils ont donné l'assaut contre toi.
—Je ne peux pas la laisser mourir.
— Boone ! Au nom de Dieu…
C’était pire que tout ce qu’il avait pu souffrir, de s’entendre appeler ainsi, et de savoir que la loi de Midian l’empêchait de répondre.
—Ecoutez-la, pour l’amour de Dieu ! dit-il. Ecoutez-la.
—Tu as fait un serment quand nous t’avons accueilli parmi nous, lui rappela Lylesburg.
—Je sais. Je comprends.