Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Au-dessus de Midian, le ciel était sans nuages et l’air effervescent. Il ne subsistait plus aucune trace de l’agitation qu’elle avait ressentie lors de sa première visite. C’était toujours la ville où Boone avait péri, mais elle ne pouvait pas la détester pour autant. Au contraire : elles étaient alliées toutes les deux, également marquées par la mort de cet homme.
Ce n’était cependant pas la ville elle-même qu’elle était venue visiter, c’était le cimetière, et celui-ci ne la déçut nullement. Le soleil éclairait les mausolées, découpant des ombres flatteuses pour leurs décorations. Même l’herbe qui poussait entre les tombes était d’un vert plus brillant ce jour-là. Il n’y avait aucun vent, de quelque direction que ce fût ; aucun souffle de tempête onirique pour apporter les morts jusqu’à elle. Entre les hauts murs régnait une extraordinaire tranquillité, comme si le monde extérieur avait cessé d’exister. Cet endroit était bel et bien sacré pour les morts, et ceux-ci n’étaient pas seulement des vivants à l’existence révolue mais constituaient presque une autre espèce, requérant des rites et des prières qui n’appartenaient qu’à eux. Elle était entourée de tous côtés par de tels signes : des épitaphes en anglais, en français, en polonais et en russe ; des images de femmes voilées et d’urnes fracassées, de saints dont elle ne pouvait que deviner le martyre, de chiens de pierre dormant sur la tombe de leur maître — tout le symbolisme qui accompagnait cet autre peuple. Et plus elle explorait les lieux, plus elle se surprenait à poser la question qu’elle avait déjà posée la veille : pourquoi ce cimetière était-il si grand ? Et pourquoi — comme elle le constata à mesure qu’elle étudiait les tombes — y avait-il autant de nationalités représentées ici ? Elle repensa à son rêve ; au vent qui était venu des quatre coins de la terre. On aurait dit qu’il avait un caractère prophétique. Cette idée ne l’inquiéta guère. Si c’était ainsi que tournait le monde — grâce aux présages et aux prophéties —, alors cela signifiait qu’il existait au moins un système, et elle n’avait que trop longtemps vécu sans en connaître un seul. L’amour l’avait trahie ; peut-être que cette fois elle ne le serait pas.