Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Vous pouvez bénir de l’eau, hein ? Faire de l’eau bénite ?
— Oui.
— Alors, exécution. Toute l'eau que vous pourrez trouver. Bénissez-la. Distribuez-la aux hommes. Peut-être que ça servira à quelque chose si les balles n’ont pas d’effet sur eux. Et vous, Decker, restez à l’écart. Cette affaire regarde la police, désormais.
Une fois qu’il eut donné ses ordres, Eigerman se dirigea vers les portes du cimetière. Lorsqu’il arpenta le sol poussiéreux, il comprit ce que Pettine avait voulu dire en parlant d’une termitière. Il se passait quelque chose sous terre. Il lui semblait même entendre des voix qui évoquaient à son esprit l’idée d’un enterrement prématuré. Il avait déjà vu une chose de ce genre. Il avait déterré lui-même une femme que l’on avait entendue hurler dans sa tombe. Et elle avait eu raison de hurler : elle avait accouché avant de mourir dans son cercueil. L’enfant, un monstre, avait survécu. Il avait fini à l’asile, probablement. Ou peut-être ici, dans la terre, avec le reste de ces salauds.
Si tel était le cas, il pouvait compter les minutes qui lui restaient à vivre sur les six doigts de sa main. Dès que ces créatures auraient montré le bout de leur tête, Eigerman les renverrait dans leur trou à coups de pied, avec une balle dans le cerveau. Qu’ils y viennent. Il n’avait pas peur. Qu’ils y viennent. Qu’ils essaient donc de sortir de leur trou.
Son talon les attendait.
3
Decker observa les troupes en train de s’organiser jusqu’à ce que ce spectacle le mette mal à l’aise. Puis il se retira sur le flanc de la colline. Il détestait observer le travail des autres. Cela lui donnait l’impression d’être impuissant. Cela le rendait désireux de leur montrer son pouvoir. Et ce désir-là était toujours dangereux. Les seuls yeux qui pouvaient contempler sans risque sa trique de mort étaient des yeux sur le point de devenir vitreux, et il devait quand même les oblitérer lorsqu’ils avaient vu, de crainte qu’ils ne disent ce qu’ils avaient vu.
Il tourna le dos au cimetière et entreprit de se distraire en faisant des plans pour l’avenir. Une fois réglée la question de Boone, il serait libre de reprendre l’œuvre du Masque là où il l’avait laissée. Il anticipait l’heure de ce retour avec passion. Il étendrait son terrain de chasse désormais. Trouverait des abattoirs dans le Manitoba et le Saskatchewan ; ou peut-être même à Vancouver. Il s’échauffa de plaisir rien que d’y penser. Il entendait presque Tête-de-Boutons soupirer à travers ses dents argentées dans l’attaché-case qu’il tenait à la main.
—Chut, se surprit-il à dire au Masque.
— Qu’est-ce qu’il y a ?