Back Cabale
Chapters (30)
  1. Loco
  2. ILa vérité
  3. IIEnquête
  4. IIILe rhapsode
  5. IVNécropole
  6. VL’autre singe
  7. VIDes pieds d’argile
  8. La mort est une garce
  9. VIIRoutes difficiles
  10. VIIIL’endroit de sa chute
  11. IXContact
  12. XSoleil et ombre
  13. Ages sombres
  14. XILe terrain de chasse
  15. XIIEn dessus et en dessous
  16. XIIIL’enfant prophétique
  17. XIVLe Tabernacle
  18. Saints et pécheurs
  19. XVLe prix à payer
  20. XVIMaintenant ou jamais
  21. XVIIDélire
  22. XVIIILa colère des vertueux
  23. La bonne nuit
  24. XIXUn visage sans amis
  25. XXPulsions
  26. XXICe désir-là
  27. XXIILe triomphe du Masque
  28. XXIIILa traque
  29. XXIVCabale
  30. XXVReste avec moi

Pourquoi fallait-il qu’elle se réveille ? Pourquoi fallait-il qu’elle revienne à elle ? Ne pouvait-elle pas continuer de sombrer dans les profondeurs du néant dans lequel elle avait trouvé refuge ? Mais celui-ci ne voulait pas d’elle. Elle en émergea à contrecœur et retrouva la douleur familière de la vie et de la mort.

Les mouches avaient disparu. C’était au moins quelque chose. Elle se releva, le corps tout engourdi ; embarrassée de la tête aux pieds. Alors qu’elle tentait d’épousseter ses vêtements, elle entendit une voix prononcer son nom. Elle ne s’était pas réveillée de son propre chef, semblait-il. Quelqu’un l’avait appelée. L’espace d’un instant d’horreur, elle crut que cette voix était celle de Sheryl ; que les mouches avaient réalisé leur ambition et l’avaient rendue folle. Mais lorsque la voix se fit entendre une seconde fois, elle lui associa un autre nom : Babette. C’était l’enfant qui l’appelait. Tournant le dos à la cuisine, elle ramassa son sac à main et se dirigea vers la rue à travers les débris du restaurant. La lumière avait changé depuis son arrivée en ce lieu ; des heures s’étaient écoulées pendant son sommeil. Sa montre, brisée lors de sa chute, refusait de lui en révéler le nombre.

Il faisait toujours bon dans la rue, mais la chaleur de midi s’était enfuie depuis longtemps. L’après-midi touchait à sa fin. Le crépuscule ne devait plus être très loin.

Elle se mit à marcher sans se retourner une seule fois pour regarder le restaurant. Quelle que fût la nature de la crise qui l’avait terrassée là-bas, la voix de Babette l’en avait libérée et elle se sentait étrangement exaltée, comme si un des rouages du monde venait d’être révélé à ses yeux.

Elle savait de quoi il s’agissait sans avoir eu à y réfléchir. Une partie vitale d’elle-même — son cœur, sa tête ou les deux — avait fait la paix avec Midian et avec ses habitants. Rien de ce qu’elle avait vu dans les chambres souterraines n’avait été aussi atroce que ce qu'elle avait découvert dans le bâtiment calciné : la solitude du corps de Sheryl, la puanteur de la décomposition en marche, l’inéluctabilité de tout cela. Comparés à cette vision, les monstres de Midian — mouvants et changeants, ambassadeurs de la chair de demain et souvenirs de celle d’hier — semblaient riches de possibilités. Certaines de ces créatures n’avaient-elles pas des facultés qu’elle leur enviait ? Le pouvoir de voler ; de se transformer ; de connaître la condition animale ; de défier la mort ?