Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
Cormack aimait bien les femmes ; il aimait jouer au héros, tant que ça ne lui coûtait pas trop de sueur. C’était contre sa nature de ne pas ouvrir la porte à une femme qui appelait à l’aide. Elle paraissait jeune, et désespérée. Ce ne fut pas son cœur qui se durcit lorsqu’il pensa à sa vulnérabilité. Vérifiant tout d’abord que Kœstenbaum n’était pas dans les parages pour assister à sa manifestation de désobéissance aux ordres, il murmura :
— Attendez.
Et il ouvrit les deux verrous de la porte.
Il ne l’avait entrouverte que de quelques centimètres quand une main surgit, lui entaillant le visage du pouce. Le coup passa à un centimètre de son œil, mais le sang qui jaillit de sa blessure coloria le monde d’écarlate. A moitié aveuglé, il fut projeté en arrière par la porte lorsque celle-ci s’ouvrit brutalement. Il ne lâcha cependant pas son fusil. Il tira, visant d’abord la femme (la balle la manqua), puis son compagnon, qui se précipitait vers lui, courbant le dos pour esquiver les balles. Le second coup de feu, aussi hasardeux que le premier, trouva une cible. Ce ne fut cependant pas celle qu’il visait. Ce fut sa propre botte, ainsi que la chair et les os qu’elle abritait, qui fut pulvérisée sur le sol en morceaux sanguinolents.
— Jésus-Christ de mes deux !
Dans son horreur, il laissa le fusil glisser de ses doigts. Sachant qu’il ne pourrait pas se pencher et le ressaisir sans perdre l’équilibre, il se tourna vers le bureau sur lequel reposait son revolver, courant à cloche-pied vers lui.
Mais Pouces-d’Argent se trouvait déjà là-bas, avalant les balles comme autant de pilules vitaminées.
Privé de défense, et sachant qu’il ne pourrait pas demeurer à la verticale pendant plus de quelques secondes, il se mit à hurler.
Kœstenbaum resta à son poste devant la cellule 5. Il avait des ordres. Quoi qu’il arrivât derrière la porte, il devait continuer à monter la garde devant la cellule, défendant celle-ci contre tout assaut. C’était ce qu’il était résolu à faire, en dépit de tous les hurlements de Cormack.
Il écrasa sa cigarette, ouvrit le judas de la porte de la cellule et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Le prisonnier avait bougé durant les dernières minutes, s’enfonçant peu à peu dans le coin de la cellule, comme s’il avait été pourchassé par le faible rayon de soleil qui traversait la fenêtre placée au-dessus de lui. A présent, il était coincé. Il était tapi dans le coin, replié sur lui-même. Il n’avait guère changé d’apparence depuis le début : un débris humain. Aucun danger pour quiconque.