Chapters (30)
- Loco
- ILa vérité
- IIEnquête
- IIILe rhapsode
- IVNécropole
- VL’autre singe
- VIDes pieds d’argile
- La mort est une garce
- VIIRoutes difficiles
- VIIIL’endroit de sa chute
- IXContact
- XSoleil et ombre
- Ages sombres
- XILe terrain de chasse
- XIIEn dessus et en dessous
- XIIIL’enfant prophétique
- XIVLe Tabernacle
- Saints et pécheurs
- XVLe prix à payer
- XVIMaintenant ou jamais
- XVIIDélire
- XVIIILa colère des vertueux
- La bonne nuit
- XIXUn visage sans amis
- XXPulsions
- XXICe désir-là
- XXIILe triomphe du Masque
- XXIIILa traque
- XXIVCabale
- XXVReste avec moi
— Je ne vous donnerai plus un sou, Eigerman. Dieu m’a pardonné mes péchés.
— Ce n’est pas de ça qu’il s’agit.
— Alors laissez-moi tranquille.
— Ne raccrochez pas !
Ashbery eut vite fait de percevoir la soudaine angoisse dans la voix d’Eigerman.
— Eh bien, eh bien, dit-il.
— Quoi ?
— Vous avez un problème.
— Peut-être que nous avons un problème tous les deux.
— Ce qui signifie ?
— Je veux que vous veniez ici, et vite, avec tout ce que vous avez comme crucifix et comme eau bénite.
— Pour quoi faire ?
— Faites-moi confiance.
Ashbery éclata de rire.
— Je n’ai plus de comptes à vous rendre, Eigerman. Il faut que j’aille m’occuper de mes ouailles.
— Alors faites ça pour elles.
— Qu’est-ce que vous racontez ?
— Vous parlez du Jugement dernier dans vos sermons, non ? Eh bien, on s’y prépare activement en ce moment même, à Midian.
— Qui ça ?
— Je ne sais ni qui ni pourquoi. Tout ce que je sais, c’est que nous avons besoin d’un peu de sainteté dans nos rangs, et vous êtes le seul prêtre que j’aie sous la main.
— Débrouillez-vous tout seul, Eigerman.
— Je ne pense pas que vous m’ayez bien écouté. Je suis sérieux.
— Je n’ai plus envie de jouer à ce genre de petit jeu avec vous.
— Je ne plaisante pas, Ashbery. Si vous ne voulez pas venir de votre propre volonté, je vous y forcerai.
— J’ai brûlé les négatifs, Eigerman. Je suis un homme libre.
— J'ai gardé des copies.
Il y eut un long silence à l’autre bout du fil. Puis :
— Vous aviez juré.
— J’ai menti, fut la réponse.
— Eigerman, vous êtes un salaud.
— Et vous, vous portez des slips en dentelle. Quand est-ce que vous arrivez ?
Silence.
— Ashbery. Je vous ai posé une question.
— Donnez-moi une heure.
— Vous avez quarante-cinq minutes.
—Allez vous faire foutre.
— C’est ce que j’aime chez vous, ma chérie : vous craignez vraiment Dieu.
3
« Ça doit être la chaleur », pensa Eigerman lorsqu’il découvrit la foule que Cormack et Holliday avaient rassemblée en l’espace de soixante minutes. La chaleur excitait toujours les gens : elle leur donnait envie de baiser ou de tuer. Et comme il n’était guère facile de tirer un coup à Shere Neck quand on en avait envie, les gens avaient envie de tirer tout court aujourd’hui. Une vingtaine de citoyens l’attendaient en plein soleil, accompagnés de trois ou quatre femmes, plus Ashbery et son eau bénite.